Cinquante chroniques

2 décembre 2017

12. Down in the hole

– J’ai le cafard, aujourd’hui.
– C’est une assez drôle d’expression, « avoir le cafard ».
– Oui, c’est vrai.
– J’aime mieux « avoir les bleus », mettons.
– Oui, c’est bon, ça, « avoir les bleus ».
– Je veux dire, j’aime mieux dire « avoir les bleus », pas les avoir.
– Oui, j’avais compris.
– Comment ça se fait que tu as les bleus ?
– On peut dire « Je me sens down » aussi.
– « Se sentir down », c’est pas mal plus sérieux que « d’avoir les bleus ».
– C’est vrai que c’est pas mal plus heavy.
– Mais c’est pas la même chose que « d’être down », comme dans : « Man, je suis down aujourd’hui », c’est pas comme : « Man, je me sens down aujourd’hui. »
– C’est pas comme « Mec, je me sens down aujourd’hui, tu piges ? ».
– « Mec », je trouve ça assez bien, moi, ça sonne assez bien, « mec ». « Écoute, mec ! »
– Il y a « mon gars » aussi, comme quand tu dis : « Mon gars, si tu savais comme je me sens down aujourd’hui ! »
– Oui, tu peux dire : « Écoute, mon gars ! », « mon gars » ça se prête à pas mal toutes sortes de choses, finalement.
– C’est comme dire « trou de cul » et « trou du cul », c’est la même chose, mais en même temps c’est pas tout à fait la même chose.
– On peut dire « Tous les Français sont des trous du cul », et ça marche, et on peut dire « Tous les Québécois sont des trous de cul », et ça marche aussi.
– Un Français qui dit « Bon ben je me tire ! », c’est pas comme un Québécois qui dit « Bon ? Ben je me tire, d’abord ! ».
– Le gars se sent un peu down, mettons.
– Les Français, ils « tirent les vers du nez », nous autres on « tire des roches ».
– C’est pas la même chose, c’est sûr, comme en anglais tu as le mot « shallow », tu as pas d’équivalent en français, en français il faut dire « pas profond » ou « de peu de profondeur » ou encore « pas creux ».
– « Un gars creux », ça peut vouloir dire qu’il est vide à l’intérieur, comme dans « Ça sonne creux », ou bien ça peut vouloir dire « un gars profond » comme dans « Va pas dans le creux ! ».
– Ou « Va pas dans le trop creux, là ! ».
– En anglais, on peut employer « shallow » pour des personnes, c’est-à-dire au « figuré ».
– En français, on dit « superficiel », c’est un assez beau mot, quand tu y penses, « superficiel ».
– Moi j’aime bien le mot « astucieusement », essaye de dire ça, « as-tu-ci-eu-se-ment ».
– L’anglais est une langue extrêmement concrète, nous autres on dit « aisselle » et eux autres ils disent « armpit », « trou de bras », ou bien ils disent « book-shelves », « tablettes à livres », et nous autres on dit « bibliothèque ». « Je vais ranger ce livre dans ma bibliothèque. »
– Par contre, « dessours de bras » ça sonne autrement que « aisselle », « aisselle » c’est plus pour les femmes, ça.
– Si tu peux dire « aisselle » et « dessours de bras », ou encore « tsour de bras », au singulier ou au pluriel, parce que « dessours » avec un « s » veut pas nécessairement dire que c’est au pluriel, ça veut plutôt dire que « dessours » est formé ou déformé à partir de « dessous » dont il garde le « s ».
– Donc ?
– Donc, si tu peux dire « aisselle » et « dessours de bras » ou « tsour de bras », tu as les deux mots, en fait tu en as trois, ça peut te servir à faire toutes sortes de nuances.
– Comme si tu dis « profondément superficiel », mettons.
– « Profondément superficiel », c’est un oxymoron, comme « soleil noir », ou « noir soleil ».
Jeudi 18 décembre 2003

1 décembre 2017

13. Hank

I’m gonna find me a river / one that’s cold as ice / and when I find me that river / Lord I’m gonna pay the price / I’m going down in it three times / but Lord I’m only coming up twice / cher bon vieux Hank, je l’aime bien, Hank Williams, je l’aime beaucoup plus que Leonard Cohen, même, Shinad O’Connarde je l’encule bien poliment mais si ce soir elle me disait « Nothing compares to you » j’aurais presque envie de la croire, I’m so lonesome I could die, j’en ai plein mon cul de tout ça, non, ce qui va, ça va, c’est ce qui va pas qui va pas, c’est seulement ça, c’est salement ça, c’est bien beau la neige mais ça me donne quoi à moi, c’est bien beau la vie, les parachutes, les parapluies, les tomates en boîte, le prélart, quel drôle de mot, en français de France « prélart » ça veut dire « grosse toile imperméabilisée servant à protéger marchandises, chargement d’une voiture, embarcations d’un navire, voir : bâche », c’est instructif, ça, c’est un terme de marine, nous autres le prélart on le met sur nos planchers pour les recouvrir, je me sens aussi bas qu’un plancher de cave, le moral dans le prélart, « plancher : partie inférieure du plancher, appelée de nos jours plafond » (Le Petit Robert), il est vingt-deux heures, dix heures du soir, vendredi soir, quand on t’arrache la tête au moins c’est fini, quand on t’arrache le cœur c’est le contraire, c’est pas fini, ça commence, on mange le cœur de l’artichaut, on jette le reste, le reste ça vaut pas de la marde, ça veut dire que c’est même pas de la marde, autrement dit la marde ça vaut encore mieux que ce qui vaut pas de la marde, quelque chose qui vaut pas de la marde vaut MÊME PAS de la marde, qui vaut pas grand-chose, qui vaut rien même, je suis dans la marde, « ses ancêtres régnaient sur Cocusse, un pays mou / où les gens sont dans la merde jusqu’au cou », Audigier, il fait froid maintenant, allume une lampe dans le monde et tiens-toi près de la lampe, OK, ça marche, mais il faut d’abord trouver le monde et ça, c’est comme moins évident, allume une cigarette, éteins une cigarette, allume, éteins, j’aimerais mieux allume et étreins, allume, étreins, I went down to the river / to watch the fish swim by / but I got to the river / so lonesome I wanted to die / oh Lord / ce cher bon vieux Hank, un soir il est soûl mort, comme d’habitude, il monte sur la scène, il regarde la salle, le public, il dit : « Est-ce qu’il y en a ici ce soir qui sont venus voir Hank Williams ? », naturellement la foule en délire lui hurle « Oui, oui ! ! ! », le bon vieux Hank les regarde tranquillement et il leur dit : « Ben vous l’avez vu, tabarnak ! », et il crisse son camp, il décâlisse, il disparaît, il a même pas joué une seule note,
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Vendredi 19 décembre 2003

30 novembre 2017

14. Ceci est un texte

Un texte est un texte.
Ceci est un texte.
Vendredi 19 décembre 2003

29 novembre 2017

15. Spécial artistes

I
Un écrivain, la différence c’est qu’il les écrit.
II
Un artiste est quelqu’un qui vous dit : « Oui, je suis un peu perdu, autrement ce ne serait pas très amusant ».
III
– Ce qu’on appelle la créativité, c’est une machine à opérer tout ça malgré tout. 
– Malgré tout quoi ? 
– Malgré tout ça.
IV
Être artiste, c’est poser la question. 
– La lune est pleine. 
– Pleine de quoi ?
V
Les artistes sont des personnes qui pensent et croient que les gens existent pour les admirer.
VI
Une fois qu’on a trouvé la beauté dans l’art, on n’érotise plus nécessairement l’amour.
VII
Tout effort conscient tend à devenir grâce.
VIII
Quand un écrivain n’écrit pas, la scène lui manque.
IX
Tout effet de style est pervers et tout est style.
X
L’art, ce n’est rien, le grand art c’est de la perversion. 
(Freud disait : « Les pervers ne le deviennent pas, ils le demeurent. »)
XI
Le roman mène tout droit à l’alcoolisme, c’est bien connu.
XII
Être écrivain, c’est comme être alcoolique quand c’est bien fait.
XIII
Les névroses des artistes, les petits secrets insignifiants, les énormes et inutiles constructions pour les cacher, pour les révéler.
XIV
Quand on se met à considérer l’art comme une fabrication, ce qu’il est, il perd tout intérêt, sauf celui de sa fabrication.
XV
Être artiste passé quarante ans, c’est se rêver encore princesse au bal à minuit passé.
XVI
Les écrivains sont de vieux monsieurs qui se sentent tout tristes quand ils ne sont pas en train de tripoter de vieux papiers.
XVII
Ici, c’est difficile d’être écrivain, parce qu’ici, c’est l’Amérique.
XVIII
À bien y penser, je crois que je vais donner à l’ensemble de mon œuvre le titre de L’étendue du désastre.
XIX
Les gens qui m’accusent de n’avoir aucun talent sont uniquement ceux qui ont lu tous mes livres.
XX
Ce que j’aurais aimé savoir, moi, et qu’ils ne nous ont jamais dit, c’est de quoi pouvait bien vivre un petit trou du cul comme André Breton.
XXI
C’est assez simple, finalement, il y a eu un âge d’or de la littérature, et il est fini, et personne n’y peut rien.
XXII
Salman Rushdie : « Le roman n’est pas mort, il est enseveli. »
XXIII
Les artistes vieillis, c’est toutes des vieilles plotes.
XXIV
– Retenez bien mon nom, vous n’en entendrez plus jamais parler ! 
Samedi 20 décembre 2003

28 novembre 2017

16. Tim Buckley

Ça se passait au Forum de Montréal, au milieu des années 70, dans un autre millénaire. Ce soir-là, il y avait trois noms à l’affiche, Tim Buckley, Curtis Mayfield et Frank Zappa. Buckley devait réchauffer la salle, Zappa était la grande vedette de la soirée, Curtis Mayfield je me demande encore ce qu’il foutait là, enfin, bref. Buckley arrive avec ses musiciens et une douze cordes électrique, ils se mettent à jouer, le monde continuaient à entrer, la moitié de la salle était debout, l’autre moitié des spectateurs cherchaient leurs sièges, les lumières étaient pas encore complètement éteintes dans la place, tout le monde parlait, personne écoutait. Le son était pourri comme d’habitude à l’époque, personne au monde savait quoi faire pour que de la musique « live » puisse être écoutable dans ce genre d’endroit-là. Le son était pourri, mais la musique était bonne, très bonne, même, très étrange, très envoûtante. Buckley jouait de la guitare, mais son véritable instrument c’était lui-même, c’était la voix qu’il avait. Ce gars-là était un vrai chanteur, pas un « chanteur de rock » ou de ceci ou cela, un vrai chanteur, quelqu’un qui sait comment faire et qui a ce qu’il faut pour le faire, un organe incroyable, un véritable don de la nature. Les chansons étaient longues, toutes déformées, hallucinantes, méconnaissables, nous autres on connaissait les versions studio, acoustiques, on avait jamais entendu Buckley « live », électrique, avec un « road band ». Il était dans son élément, qui était pas le studio, mais la scène, parce que quand on peut chanter comme ça, on joue de sa voix comme d’un instrument qu’on laisse s’explorer lui-même et improviser et jubiler, et alors la « chanson » devient un format qui veut plus dire grand-chose, d’une certaine manière. La dope était bonne aussi, ce soir-là, à chaque coup il nous fallait un bon cinq minutes avant qu’on arrive à reconnaître une chanson des albums « Blue Afternoon » ou « Happy Sad », mais c’était pas grave, Buckley les étirait toutes pour mieux pouvoir jammer comme un malade avec ses musiciens et nous autres on était aux anges. C’était pas le cas pour tout le monde, Buckley a jamais été vraiment connu, dans le milieu francophone, à Montréal, c’était pas sa crowd, les Anglos le connaissaient un peu plus, mais pas tellement non plus, il était pas et il a jamais été une star comme Elton John, ou David Bowie, mettons. Bref, ce qui devait se produire s’est produit, Buckley s’est fait huer comme du pourri, une « chanson » après l’autre, va-t’en, étouffe-toi, on veut Zappa, we want Frank, etc. Buckley finit son set, impeccable, et il disparaît. La fille avec qui je suis me dit : « On devrait essayer d’aller le voir ! », une idée folle, sans bon sens, je dis : « OK ! », et on y va, on descend au « parterre », sur la « patinoire », on s’avance jusqu’à la scène, et là, sur le côté de l’estrade, il y a un petit bonhomme bien habillé, avec une belle tête frisée et des souliers vernis, sans lacets mais avec une petite boucle en cuir sur le dessus, et des pantalons propres, pas des jeans mais des pantalons, il est en train de ranger sa guitare dans un étui qui est posé sur le sol, personne fait attention à lui, il est comme seul au monde, c’est comme s’il avait même pas de loge, aucun « roadie » pour s’occuper de lui ni rien, il va mettre sa guitare dans l’étui et il va prendre l’étui et il va s’en retourner chez lui en Californie et il a un visage épouvantable, il est pas en colère, il a pas envie de tuer, il y a juste une épouvantable déception, une épouvantable tristesse sur son visage et dans ses yeux, il est tout mince et tout fragile, tout petit, cinq pieds huit, peut-être, avec la voix qu’il a, il se redresse et il m’aperçoit et je lui tends la main par-dessus la barrière en métal et je lui souris et je lui dis « Thank you » et il me sourit et il me serre la main et toute la tristesse et toute la déception se sont effacées de son visage, il a fait ma soirée, Tim Buckley, moi je viens de faire la sienne.
Dimanche 21 décembre 2003

27 novembre 2017

17. L'alcool guérit tous les maux

C’est la tragédie, les « régions » se vident, c’est partout pareil. En Abitibi, tout le monde aimerait vivre à Montréal, au Mexique tout le monde aimerait vivre à Mexico, à Mexico tout le monde aimerait vivre aux États-Unis, aux États-Unis tout le monde aimerait vivre à New York ou en Californie, etc.
Rien à foutre. Sauf si ça devient comme un peu débile mental sur les bords, mettons.
Exemple : j’apprends tout étonné aux dernières nouvelles, à la télévision, que la Saskatchewan commence à s’énerver fortement, les rats abandonnent le navire, les jeunes, surtout, ça s’enfuit à pleins troupeaux, ils aiment mieux aller se faire voir ailleurs, on dirait bien.
Mais c’est des vrais « boat people », ces pauvres Saskatchewanais-là, ou Saskatchewanois-là !
Difficile de les comprendre, mais bref…
L’important, dans la vie, ce qu’il faut JAMAIS oublier, c’est qu’il y a TOUJOURS moyen de trouver une solution à un problème, N’IMPORTE QUEL problème, il suffit d’être assez INTELLIGENT pour la trouver. Le gouvernement de la Saskatchewan s’est attelé, lui, pas de niaisage, les grosses têtes des hommes politiques se sont un peu forcées, pour une fois, et tout à coup : bing, la lumière a jailli !
– Pour garder nos jeunes chez nous, se sont dit ces redoutables penseurs, ces athlètes du neurone, ces Einstein triomphants, on pourrait peut-être diminuer de dix-neuf à dix-huit ans l’âge légal pour boire de l’alcool !
Authentique ! Hélas, la chose est pas encore faite, pour l’instant ces prodigieux titans de l’esprit, ces visionnaires aveuglants, ces phares de l’humanité sont seulement à l’étape d’y RÉFLÉCHIR ! Et tant qu’à RÉFLÉCHIR SÉRIEUSEMENT, aussi bien y aller à fond la caisse, n’est-ce pas !
Ah, c’est totalement et intégralement génial, il y a pas d’autre mot. – Qu’est-ce qu’ils veulent, les jeunes ? À quoi est-ce qu’ils s’intéressent, au fond, dans la vie ? Quel impossible rêve caressent-ils ? Qu’est-ce que les autres provinces canadiennes et le Vaste Monde peuvent leur offrir qu’ils trouvent pas dans nos vertes prairies et nos arpents verts ?
Mais de la bière, saint-sacrament !
Mais le droit de s’éclater le cerveau comme des malades dans n’importe quel débit de boisson de la province full légal, mon man !
Quand ça fait dix-huit ans que ton but dans la vie c’est de te soûler la gueule assez pour jamais te souvenir de ton nom et pour oublier jusqu’à la fin de tes jours que tu existes en Saskatchewan, tu en peux plus, attendre encore une autre année ça devient impossible, c’est inhumain, ou bien tu t’exiles « right away » à Toronto ou n’importe où ailleurs sur la Planète, ou bien tu meurs, des solutions il y en a pas d’autres !
Moi, je dis : l’âge légal pour boire, mettez-le donc à douze ans, gang de surdoués, comme ça TOUS les jeunes de TOUTES les autres provinces canadiennes vont vouloir se garrocher en Saskatchewan du jour au lendemain, c’est pas tellement compliqué, ça, non ?
Un coup parti, rendez donc la marie-jeanne légale à partir du même âge, comme ça personne voudra plus jamais vivre ailleurs au Canada ni même partout ailleurs dans le monde !
Mais j’y pense, c’est pas dans les Prairies qu’il y a des agriculteurs qui sont contre l’heure d’été, c’est pas là-bas qu’ils disent que si les heures d’ensoleillement allongent trop, les terres vont finir par brûler ?
Oui, c’est en Alberta, je pense.
C’est pas en Saskatchewan !
En Saskatchewan, le monde sont pas mal plus intelligents que ça, jamais tu les verrais t’arriver avec des niaiseries aussi monumentales que celle-là !
Dimanche 21 décembre 2003

26 novembre 2017

18. La survie de l'espèce

Un lecteur m’écrit, voici sa lettre.
« Cher Maître,
« Je suis bien d’accord avec vous et même plus que ça si c’était possible. Même que j’en rajouterais ! Il ne m’arrive seulement qu’une fois par dix ans au moins d’écrire ma pensée à une personnalité connue mais là je ne peux pas passer à côté de cette occasion ! J’ai pour ma part un certain âge pour ne pas dire un âge certain et je peux vous dire entre hommes que l’andropause pour Jean-Guy X ce n’est pas pour demain matin ! Surtout pas avec la paire de couilles que j’ai si vous me passez l’expression, des vraies boules de feu dures comme de l’acier trempé et le colonel au garde-à-vous vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ah pas besoin de Viagra pour Jean-Guy X ça je vous le garantis !
« Bon courage et surtout ne lâchez pas !
« Avec toute mon admiration,
« Jean-Guy X »
« P.S. Je vous joinds un petit chèque pour vous encourager, acceptez ce modeste pactole d’un ami qui vous soutient à 110%. »
Eh bien, mon cher Jean-Guy X, je vous remercie beaucoup. Soyez assuré que j’utiliserai votre 10 $ à bon escient !
Des couilles d’acier trempé qui sont des boules de feu, quelle image ! Bravo ! Vous savez manier la plume ! Surtout restez ferme, si vous voyez ce que je veux dire !
En effet, cher ami, la prétendue « andropause » n’est qu’une connerie inventée par le mouvement féministe dans l’espoir de rabaisser le mâle. D’ailleurs, entre vous et moi, qu’est-ce que c’est que cette histoire de féminisme ? Il n’est pas étonnant que ça ne fonctionne pas, c’est une affaire de femmes !
Mais ne soyons quand même pas trop durs avec nos amies les femmes, essayons plutôt de les comprendre. Leur développement sexuel et mental fait en sorte qu’après l’âge de quarante-cinq ans environ, « la boutique est fermée », comme le disait si bien Mme Ginette Reno récemment encore à la télévision. Et c’est bien là le problème, parce que si la boutique est fermée, l’homme, lui, est encore capable de faire du magasinage, et pas rien que le samedi après-midi, vous me suivez, j’espère !
Mais qui est le plus à plaindre dans ce triste constat ? Pour la première fois de sa vie, l’homme de cinquante ans ne trouve plus la réciproque chez la femelle de son groupe d’âge, il y a cette dissociation des deux vieux partenaires complices jusque-là : l’homme peut encore se reproduire, mais pas la femme.
Par contre, la femme de dix-huit, vingt-deux, vingt-cinq ans, etc., est une créature fertile, tout comme l’homme de quarante-cinq, cinquante, cinquante-cinq, soixante ans, etc.
Il n’y a donc aucun problème, après tout !
En fait, il n’y a qu’un petit problème : la femme ménopausée, infertile.
De quel intérêt peut-elle bien être pour des jeunes taureaux fougueux, débordant de précieuse semence, qui ne demandent qu’à la répandre ?
D’aucun, puisqu’elle est, elle, stérile.
De quel intérêt peut-elle être pour des vigoureux mâles de cinquante ou soixante ans, pleins d’expérience de la vie et encore débordants de fertilité ?
D’aucun, évidemment.
De là à affirmer que la femme ménopausée est une créature inutile, il n’y a qu’un pas. Cette anomalie de la nature, qui fait pourtant si bien les choses, est difficile à comprendre.
À moins que la nature, qui fait si bien les choses, justement, n’ait raison une fois de plus.
Pour se reproduire, l’homme de cinquante, soixante ans, etc., doit s’accoupler avec la femelle jeune, c’est-à-dire avec la femelle encore fertile, la survie de l’espèce en dépend ! Voilà, hélas ! le fin mot de l’histoire !
Lundi 22 décembre 2003