Cinquante chroniques

9 décembre 2017

5. Mange donc de la marde !

Les Européens, ils flippent, ils en reviennent carrément pas. « Ah, ces Américains ! Ils sont quand même incroyables, ces mecs ! Voilà-t-il pas qu’ils ont développé et perfectionné un spécimen d’être humain qui, c’est bien le cas de le dire, avait jamais pris des proportions semblables avant eux autres : l’enfant obèse ! »
C’est exact, mais moi je dirais les choses un petit peu plus simplement, peut-être : adultes, enfants, vieillards, greluches, l’obésité j’ai aucune pitié pour ça, moi !
La chose est assez simple, finalement. Essaye juste de t’empiffrer rien qu’un petit peu moins, câlisse de cochon, tu vas peut-être avoir un peu moins l’air d’un hostie de baril, tu penses pas ?
Arrête de bourrer tes enfants de marde ! Arrête de les encourager à se bourrer de marde ! Arrête de les encourager à se bourrer de marde en te bourrant de marde devant eux autres et avec eux autres ! Le manger, c’est pas un jouet ! C’est pas un passe-temps non plus !
– Je comprends pas, j’ai un cancer des poumons, pourtant j’ai passé ma vie à fumer des cigarettes !
– Ils vont me couper les deux jambes, j’ai le diabète, comment ça se fait, docteur ?
– C’est bizarre, non seulement j’ai gardé ma taille de jeune fille mais je l’ai quadruplée !
Tu deviens pas obèse en bouffant de la luzerne et du raisin vert à toute heure du jour et de la nuit ! Mange un peu moins et mange un peu mieux, hostie d’idiot, tu vas finir par maigrir, même si c’est pas ce que tu veux, ça finit là !
Chose certaine, ils viendront pas me remplir comme un tonneau de marde, moi ! Les oies peuvent pas se défendre contre le gavage, moi ils m’auront pas, moi, ces hosties de chiens-là !
La bouffe, c’est une industrie. C’est quoi, une industrie ? C’est des enfants de chienne en cravate qui sont là pas pour « créer des emplois » mais pour faire la passe et se remplir les poches le plus facilement et le plus vite possible ! Comment ? En te dressant comme un âne à consommer n’importe quelle hostie de marde !
Toi, tu fais quoi ? Tu collabores ! Avec ta misérable progéniture en plus, la morve au nez, la marde au cul !
La grosse Dion qui se sert de son obésité notoire de grosse torche pleine de marde pour faire la passe et se remplir les poches en annonçant à tours de bras le pain « Marde », c’est pas une conspiration pour encourager le pauvre monde à se bourrer de marde, ça, non ?
Nabisco et tous ces bandits-là, ça œuvre pas exactement dans le philanthropique, à ma connaissance !
L’industruie forestière saccage les forêts ? L’industruie poissonnière saccage les poissons ? L’industruie alimentaire te saccage, toi !
Quatre-vingt pour cent de ce qui est vendu dans les épiceries, c’est bon pour la poubelle ! C’est qui, la poubelle, tu penses ? C’est toi, moron sans fond ni retenue !
Quand le radium a été découvert, l’Industruie s’est mise à vendre une boisson au radium ! Véridique ! « Le breuvage de l’Avenir ! » Le monde buvaient ça, ils devenaient radioactifs !
Mangez donc d’la marde,
Mangez-en souvent !
C’est bon pour l’haleine,
Ça nettoye les dents !
– On s’en va manger à « La Cage aux Porcs », c’est un restaurant où ça bouge !
– ?
Bref, le mode de vie américain c’est la mentalité « buffet à volonté » élargie à toute une culture, à toute une vision du monde, à toute une civilisation, quelque chose comme : trop, ça sera encore jamais assez !
Bien manger, c’est un geste politique, c’est ce que je dis, moi !
– Fuck you, Chose ! Il nous reste du pétrole en masse ! En plus on a du Coke encore pour toute l’éternité si on en veut ! On est libres, Chose !
Samedi 13 décembre 2003

8 décembre 2017

6. C'est pas des farces

– As-tu vu ça, toi, les annonces de l’agence Re/Max à la télévision ? Sept cent cinquante mille visiteurs par mois, ils disent !
– Vingt-cinq mille visiteurs par jour, ça doit pas être reposant !
*
– Apple, ils font de l’informatique, c’est ça ?
– Oui, c’est à peu près ça.
– Bill Gates aussi ?
– Oui.
– Pourquoi Bill Gates tout le monde dit que c’est un écœurant et pas Apple ?
– Apple, c’est moins gros.
*
– Les vieux, moi, ça m’énerve, on dirait qu’ils font exprès pour être comme ils sont, je veux dire vieux.
– C’est vrai, ils pourraient essayer de se forcer un peu, ces tabarnaks-là !
*
– Il faut que tu fumes vraiment beaucoup de marijuana pour que les choses finissent par changer.
– Oui, mais la marijuana, par contre, c’est pas très riche en fibres ni en vitamine B !
*
– La drogue, c’est drôle, c’est quand tu en prends pas que tu te sens pas bien.
– C’est comme la cigarette, moi je fume pas pendant deux heures, j’en peux plus !
*
– Du lait, moi j’achète ça en format de deux litres, je trouve ça pratique, moi, le deux litres.
– Moi j’en bois pas, c’est encore plus pratique !
*
– À la télévision, quand j’étais petit il y avait une émission un peu comme « Star Académie », sauf que c’était pour les amateurs, les enfants, même, ça s’appelait « Les jeunes talents Catelli ».
– Oui, je m’en souviens, tout le monde appelait ça « Les jeunes nouilles Catelli » !
*
– Avec tes enfants, c’est pas pire, au moins tu as pas besoin d’être beau.
– C’est comme être écrivain, mettons !
*
– Ça me fait toujours un peu drôle de voir un nègre dans un banc de neige, je sais pas, je trouve que ça manque de naturel.
– C’est comme moi quand je vois un Chinois qui mange une pizza.
– Mets-en qu’une pizza ça se mange assez mal avec des baguettes !
*
– C’est un gars qui prend l’autobus, il va s’asseoir sans payer, le chauffeur lui dit : « Monsieur ! Monsieur ! Vous avez pas payé ! » Ça fait que le gars lui répond : « Écoute, Chose, mon nom c’est Henri Lecrime et Lecrime ne paie pas ! »
*
– La beauté, ça veut rien dire, c’est le genre de face que la fille a quand tu la baises qui compte.
– Ça dépend comment tu la baises !
*
– Je t’avais pas dit ça, je m’en vas à la chasse en fin de semaine.
– La chasse à quoi ?
– La chasse aux vaches !
*
– Tu trouves pas ça étrange, toi, en France même les aveugles qui vivent là-bas finissent par prendre l’accent français !
*
– Si ça continue comme ça, avec le commerce, les satellites, l’Internet, tout ça, tu vas voir, la terre va finir par devenir mondiale !
*
– L’humour, c’est comme l’intelligence, ça commence dans le cerveau.
– Oui, mais on sait jamais où ça finit.
– Elle est bonne celle-là !
– C’est pas une farce.
Lundi 15 décembre 2003

7 décembre 2017

7. Blabla

– C’est assez hallucinant toutes les affaires qu’on peut penser on sait pas pourquoi.
– Oui, l’autre jour, moi, par exemple, je me disais que si Nathalie Pétrowski avait été un homme, personne l’aurait jamais laissée faire.
– Les femmes, il y en a c’est comme si un jambon se mettait à courir devant toi.
– Une chose que je me demande, c’est : une idée banale, est-ce qu’on peut vraiment appeler ça une « idée », ou est-ce que c’est juste une « banalité » ?
– C’est mieux de consommer moins mais de consommer moins de marde.
– Une femme stérile qui arrive à la ménopause, ça donne quoi, il se passe quoi ?
– Moi, c’est sûr que je suis fécond, je suis pas une femme, je suis TOUJOURS fécond, moi !
– Si tu fais un faux numéro de téléphone et que quelqu’un répond, il me semble que c’est pas vraiment un « faux numéro », ça, non ?
– C’est pas Jean-Paul Sartre qui a dit : « L’argent, c’est les autres », c’est moi.
– Les gens qu’on connaît depuis très longtemps se manifestent en général le plus au moment du passage des saisons, mais pas toujours.
– Quand on a des amis, il faut s’en méfier, ils finissent toujours par se venger.
– Le meilleur titre de chanson que j’ai entendu dans toute ma vie, c’est « Careful With That Axe, Eugene » de Pink Floyd.
– J’aimerais avoir de la santé juste pour pouvoir les enterrer toute la gang, ces hosties-là !
– Plus tu es riche, plus tu as des choses, il y a pas de gens riches qui ont pas beaucoup de choses, même que souvent les riches ont plusieurs MAISONS.
– Il y a rien au monde qui me fait plus chier que quelqu’un qui commence une phrase en disant : « Écoutez… »
– Tout le monde l’a oublié ou bien personne y pense jamais, mais à l’époque le twist ça a été une vraie révolution, c’était la première fois que le monde avaient le droit de bouger en dansant, après ils ont inventé toutes sortes d’autres danses mais ça a pas marché, le monde se sont mis à danser n’importe comment.
– Lise Payette, moi je me dis : mieux eût valu un vrai homme.
– Jorane, même son nom veut rien dire.
– Je suis comme tout le monde, moi, c’est juste que j’ai des drôles d’heures de travail.
– Pourquoi est-ce qu’il faudrait que la vie soit excitante ?
– Je sais pas si ça se dit, mais si ça se dit, c’est vraiment comique : « Je souffre du sida. »
– La démocratie, c’est que le plus fort gagne, le reste c’est de l’égalitarisme.
– Le problème avec le tabac, c’est que ça se fume et que c’est justement la fumée du tabac qui est pas bonne pour les poumons.
– Le « Petit Robert » est pas si petit que ça, finalement, si tu y penses comme il faut.
– Moi, je suis vaguement au courant de tout, ou en tout cas c’est ce que je pense.
– La première fois qu’un Inuit voit un arbre, il doit se dire : « Taaaaaaaabaaaaarnaaaaak ! »
– Quand tu prends de la drogue tout le temps, rien change, tout est toujours pareil, la seule différence c’est que tu es drogué.
– Un rasoir, ça peut durer des années, même si tu changes jamais la lame.
– Une fois, j’ai lu dans une épicerie qui vendait des produits naturels : « Œufs de poules élevées en liberté. »
– L’écrivain portugais Fernando Pessoa disait : « Ce qu’il y a de plus médiocre dans les rêves, c’est que tout le monde en fait. »
– Avec les claviers des ordinateurs, un gaucher qui est pas content, il peut bien aller chier ce gars-là !
Lundi 15 décembre 2003

6 décembre 2017

8. De retour après la pause

Un jour, les femmes qui passent leur temps à chialer pour des niaiseries se sont mises à dire : « Ah, c’est pas juste, nous autres aussi on aimerait ça avoir le droit de conduire des autobus et des bulldozers pleins de boue sale et d’être des petits soldats débiles dans l’armée canadienne et des haltérophiles arrangés comme des espèces de monstres et des ministres du Commerce extérieur et de jouer au hockey et même de ramasser les vidanges comme n’importe quel homme digne de ce nom si c’est ça qu’on veut faire dans la vie, etc. »
Les hommes ont réfléchi deux trois minutes et finalement ils ont dit : « Ah, faites donc ce qui vous tente, tabarnak ! », et ils les ont laissées faire.
N’écoutant que leur courage, les femmes sont donc devenues « vidangeures » pour leur plus grande gloire et leur plus grand bonheur, etc., le temps a passé et un jour, elles qui sont jamais contentes de rien, elles ont recommencé à chialer et elles se sont mises à dire : « Ah, c’est pas juste, nous autres on a une chose qui s’appelle la ménopause tandis que vous autres les hommes vous avez absolument rien, mais il faudrait que vous ayez quelque chose comme une ménopause pour hommes parce que comme ça on pourra vraiment être vos vraies égales, autrement on sera pas contentes et on arrêtera pas de continuer à chialer et on va assez vous faire chier que vous en pourrez plus de nous avoir sur le dos, vous allez voir, maudite gang d’hommes à la marde, etc. »
Les hommes, qui dans le fond se sacrent pas mal de tout, ils ont réfléchi deux trois minutes et finalement ils ont dit : « Bon, OK, c’est correct, si ça peut vous faire plaisir mettons qu’à partir d’aujourd’hui vous allez avoir le droit d’écrire des articles dans les magazines et de faire des reportages à la télévision et d’écrire des livres de psychologie scientifique pour dire que nous autres les hommes on a ce que vous voulez appeler, comment déjà, ah oui, une ‘‘ andropause ’’, êtes-vous contentes, là, maudite gang de fatigantes à la marde ? »
Pardon ? Une quoi ? Vous avez dit une « andropause » ? Une « andropause » comme dans « ménopause » mais pour les hommes ?
Wo ! Un instant ! Une petite minute ! Il y a pas d’ « andropause ». L’ « andropause » pour les hommes comme dans « ménopause » pour les femmes, ça existe pas. ÇA EXISTE PAS !
C’est quoi, la ménopause ? C’est la fin définitive et irrévocable, au milieu de la vie environ, de la fonction reproductrice chez le spécimen femelle de l’espèce humaine. Pour le spécimen mâle de la même espèce, les choses se passent pas du tout, je dis bien PAS DU TOUT de cette manière-là. PAS-DU-TOUT !
Il faut pas avoir lu des tonnes et des tonnes de livres de psychologie scientifique ni même de médecine ou de biologie scientifiques pour savoir qu’aucune, je dis bien AUCUNE femme de quatre-vingts ans a jamais, je dis bien JAMAIS accouché d’un enfant, même prématuré ou infirme ou n’importe quoi, tandis qu’il est PARFAITEMENT POSSIBLE à un homme de cet âge-là et même plus vieux que ça de devenir PÈRE, c’est-à-dire de FAIRE UN BÉBÉ à une femme qui est ni une enfant ni une MÉNOPAUSÉE mais qui est une femme FERTILE. Pourquoi ? Parce qu’à quatre-vingts ans et même plus, L’HOMME PEUT ENCORE ÊTRE FERTILE, alors que C’EST PAS LE CAS DE LA FEMME qui, elle, devient « collectivement » INFERTILE À LA MÉNOPAUSE, ce qui est précisément la définition de LA MÉNOPAUSE, PHÉNOMÈNE EXCLUSIVEMENT FÉMININ !
La femme vieillit, l’homme vieillit aussi. Au milieu de sa vie, la femme devient À JAMAIS INFERTILE, au milieu de sa vie l’homme devient PAS À JAMAIS INFERTILE. OK, là ?
Passons à un autre appel.
Mardi 16 décembre 2003

5 décembre 2017

9. " Indicatif présent "

– Tu écoutes la radio, toi ?
– Moi ? Jamais.
– Moi non plus, tu peux pas t’asseoir et écouter la radio et rester là à rien faire d’autre, c’est l’ennui total.
– C’est pour ça que le monde qui écoutent la radio ils font d’autres choses en même temps, comme ça ils se rendent moins compte que c’est nul. Si tu es un chauffeur de taxi, mettons, tu passes ta vie dans une auto, tu peux quand même pas te mettre à regarder la télévision en conduisant, ou lire le journal, même si c’est « Le Journal de Montréal ».
– Oui, mais moi je trouve que c’est pas poli pour les clients d’écouter la radio quand tu les transportes dans ton taxi.
– C’est vrai, d’ailleurs c’est pas poli d’écouter la radio quand tu es avec du monde, point, ou bien tu les écoutes eux autres ou bien tu écoutes la radio, un des deux.
– Oui, ou bien tout le monde écoute la radio ensemble sans dire un mot, mais c’est débile, ça, tu imagines trois quatre personnes en train d’écouter la radio sans se parler ? La télévision, je dis pas, tu regardes un film de cul ou une partie de football ou n’importe quoi avec tes chums ou ta blonde, mais la radio…
– Tu peux le faire si c’est de la musique, à ce moment-là tu peux parler, la musique ça s’écoute pas vraiment, ça te rentre tout seul dans la tête, il y a rien à comprendre.
– À la radio, il y a quand même des émissions où c’est pas juste de la musique, des émissions où ça parle, prends Marie-France Bazzo, par exemple, c’est une émission où ça parle pas rien qu’à peu près à part ça, Marie-France Bazzo.
– « Bazzo », c’est portugais ou quoi ?
– Aucune idée. Aucun intérêt non plus. C’est comme son émission. Le seul moment dans ma vie où j’écoute la radio, moi, c’est avec mon « radio-réveil », le matin, mais en fait je l’écoute pas vraiment, je me réveille. C’est Radio-Canada, tu as les nouvelles, la température, en deux trois minutes tu sais tout ce que tu as besoin de savoir, et même tout ce que tu as pas besoin de savoir, et hop, tu te lèves, ça finit là.
– Marie-France Bazzo, c’est pas la grosse qui parle sur le bout de la langue, la face de cheval ?
– Oui oui, c’est elle, je l’ai déjà vue à la télévision, elle est partout, c’est une vraie maladie, c’est une vraie plaie, cette fille-là.
– Qu’est-ce que tu veux, leur job à ce monde-là c’est de se montrer, ils en ont jamais assez.
– Mets-en. Son émission, c’est quoi ? C’est pas de l’ « information », c’est juste d’autre monde qui vont se montrer à la radio comme ils veulent se montrer partout ailleurs. Ils ont toujours quelque chose à nous vendre, remarque, mais même quand ils ont rien à vendre ils aiment ça aller se montrer pareil. À Bazzo, l’autre jour, par exemple, je me réveille, il y avait une « table ronde sur les odeurs », tu vois le genre, trois quatre bouffons, on s’invite entre nous autres et on papote et on prend de la place et on occupe le terrain et on est payés comme des cochons en même temps. Une « table ronde sur les odeurs » ! « Qu’est-ce que vous pensez des odeurs ? » Avec Louise Forestier ! C’est quoi le rapport ? Et un gars qui fait de la cuisine, mais pas parce qu’il est cuisinier : parce qu’il est à la télévision. Forcément ! Louise Forestier, elle « remonte sur scène » ces temps-ci ou bien elle vient de sortir un autre disque, son gérant a dû lui dire d’aller se montrer à la radio, « moi quand j’étais petite les odeurs, blabla, en passant je suis à Magog le 27 pour mon show et mon nouveau disque s’appelle Patati Blablabla, etc. ».
– Louise Forestier, c’est peut-être une amie à Marie-France Bazzo aussi.
– C’est pas difficile, Marie-France Bazzo tout le monde doit être ses amis. Non mais, tu t’imagines la vie de ce monde-là, toi, tu imagines la merde que c’est, la pitoyabilité ? Pfu !…
Mercredi 17 décembre 2003

4 décembre 2017

10. Bazzoland

Qui écoute Marie-France Bazzo, et pourquoi ? C’est cinq jours par semaine, son affaire, matin après matin, ça dure des heures ! Et qu’est-ce que tu penses qu’elle fait l’après-midi ? Elle prépare l’émission du lendemain matin, quoi d’autre ! Et quand elle est pas à la radio en train de faire ses « dix mille entrevues », elle va faire du pâté chinois à la télévision ! Ou bien elle donne son indispensable avis sur la guerre dans le monde ou bien les derniers jouets « tendance » pour les petits enfants en bas âge ! Ça arrête jamais, ça fait des années que ça dure, toute sa vie, quasiment, et elle doit bien avoir au moins soixante ans, aujourd’hui, cette fille-là !
– Qui on pourrait bien inviter demain matin ?
– Invite Bob Walsh, il sort un disque de Noël !
– Ou Paul Piché !
– Oui, on lui demandera si il se sent privilégié de vivre à la même époque que Gilles Vigneault !
– Tant qu’à y être, on fait une « table ronde », on invite Gilles Vigneault en personne et on lui demande si il se sent privilégié de vivre à la même époque que lui-même !
Mais QUI écoute ça, et POURQUOI ? Le matin à neuf heures ! Au réveil ! Au lever ! Jour après jour ! Ça travaille pas, ce monde-là ? C’est des chômeurs ? Des B.S. ? Des vedettes sur la brosse et sur la coke qui sont pas encore couchées ? Des « recherchistes » pour d’autres émissions à Télé-Québec qui se cherchent des idées d’invités dans le vent ?
– On pourrait faire quelque chose sur l’invention du TV-Dinner !
– Ah, ça c’est vraiment une idée géniale, ça !
– On invite le ministre des Affaires indiennes ou l’ambassadeur de la Sibérie au Canada ou celle qui fait la météo à TVA et on leur demande si ils en ont déjà mangé !
– Ou bien Paul Piché et on lui demande si il se sent privilégié de vivre à la même époque que le TV-Dinner !
– Ou bien Gilles Vigneault si il en apporte quand il part en chaloupe ou si il le garde au chaud dans sa casquette de vieux loup des mers !
Tu peux pas être une secrétaire-réceptionniste sérieuse et travailler en écoutant ça ! Tu peux pas être un camionneur et écouter ça en conduisant ton mastodonte et trouver ça passionnant de savoir ce que Louise Forestier pense des odeurs, à moins d’être un camionneur complètement fif ! Tu peux pas écouter ça dans les ascenseurs ni dans le métro ni si tu travailles dans une boutique de vêtements hyper branchée à l’os ! Tu peux pas être un illettré en train de goudronner un toit à mille degrés Celsius en plein soleil au mois de juillet et écouter ça en même temps et trouver ça exquis et prendre ton pied absolument ! Tu peux pas être un architecte qui calcule au millimètre la taille d’une dalle de béton géante pour la Grande Bibliothèque ou une biologiste qui étudie les propriétés de la pelure de patate pour le traitement du sida et écouter ça pendant des heures et t’intéresser réellement et y revenir matin après matin, semaine après semaine ! Tu peux pas être un voleur de banque qui prépare un coup d’enfer ou un dealer de crack qui compte son cash ou un professeur de cégep qui donne son cours ou un expert en dératisation dans un égout pas éclairé ou une « éducatrice » avec quatre-vingts enfants de trois ans qui hurlent à mort dans une garderie en feu ou une vieille de cent huit ans qui se tape un coma hypoglycémique dans une ambulance pendant que les « techniciens » d’Urgence Santé font du piquetage pour leur fonds de pension ou qu’ils sont en train de saccager on sait pas quoi pour on sait pas quoi !
Qui écoute ça, Marie-France Bazzo, qui est-ce que ça intéresse, à part Marie-France Bazzo et ses dix mille invités par semaine et ceux qui voudraient se faire inviter eux autres aussi ?
Mercredi 17 décembre 2003

3 décembre 2017

11. Secret de Polichinelle

À part ça, Marie-France Bazzo c’est pas seulement le matin à tous les jours ! Non ! C’est REDIFFUSÉ jour après jour en fin de soirée !
Si Michèle Richard c’était la Reine de TQS, Marie-France Bazzo ça doit être quelque chose comme l’Impératrice de Radio-Canada !
À elle toute seule, elle doit te bouffer au moins la moitié du budget de la boîte !
« Ici Bazzo-Canada ! »
L’autre jour, elle s’était invité un petit Français froufrouteux pour nous parler des beautés d’un nouveau livre sur les Inuits, un illustré à 45 $ la copie, elle en finissait pas d’éjaculer : « Oh wow ! Oh wow ! »
ON POUVAIT MÊME PAS VOIR LES IMAGES, ON ÉTAIT À LA RADIO !
Qui c’est qui a 45 $ à investir dans un livre qui te parle d’igloos et de traîneaux à chiens perdus au pays du Père Noël ?
Qui c’est qui voudrait réellement avoir ce livre-là dans sa bibliothèque ou sur sa « table à café », même pour 20 $ ? Et POURQUOI ?
Avec ton 45 $, tu ferais mieux de t’acheter une pelle et un bon foulard et d’aller jouer dehors dans le banc de neige, si tu aimes l’hiver à ce point-là et que tu as envie de te prendre pour un Esquimau !
Mais surtout, qui écoute ces émissions-là soir et matin, et pourquoi, c’est ce que j’aimerais bien savoir, moi.
J’arrive pas à concevoir la quantité d’ « informations » et de niaiseries de toutes sortes qui est charriée là-dedans semaine après semaine, mois après mois, le déluge, le tohu-bohu total, la folie… Quatre brûlants « sujets » à l’heure, sans compter les « pauses musicales » (il faut bien se relaxer un peu le cerveau, ici c’est la radio, pas l’usine à saucisse, quand même !), des sujets qu’un individu moyen arriverait pas encore à maîtriser même approximativement au bout de toute une vie.
« L’eau : enjeu mondial » !
Oh boy ! Un autre livre qui vient de sortir ! Je cours me l’acheter tout de suite !
Quand tu penses que le pauvre monde peut même pas te dire quel chemin prendre pour te rendre à Beauharnois !
Tout de suite après l’eau enjeu mondial, un « débat », des invités prestigieux, un jeune gars qui travaille à Radio-Canada, forcément, une fille du magazine « Châtelaine », de l’humour, des clins d’œil, après tout on se prend pas vraiment au sérieux, vous l’avez compris, j’espère : « Êtes-vous pour ou contre le gâteau aux fruits ? » !
– En mets-tu toi de l’eau dans ton hostie de gâteau aux fruits, câlisse de conne ? !
Je résume : 1) les Inuits ; 2) « pause musicale » ; 3) l’eau, enjeu mondial ; 4) « pause musicale » ; 5) le gâteau aux fruits ; 6) « pause musicale » ; 7) on continue !
La grande question est pas tellement de savoir à quoi toutes ces « informations-là » peuvent bien te servir, c’est plutôt : comment tu fais pour toutes les emmagasiner, pour tout retenir ?
Peut-être que le monde prennent des notes, jour après jour, année après année… Si une « information » leur échappe, ils peuvent toujours se rattraper, ils réécoutent l’émission à la fin de la soirée. Ils enregistrent probablement toutes les émissions, de toute façon, pour être absolument sûrs de rien manquer…
À moins que… À moins que personne écoute vraiment, que tout le monde s’en câlisse, que ça soit pas plus compliqué que ça ! Que ça soit ça, le secret de toute l’affaire ! Le secret de Marie-France Bazzo ! De Polichinelle, je veux dire !
Mais si tout le monde s’en câlisse du gâteau aux fruits et de l’odeur des couches de Louise Forestier bébé, à quoi ça sert à ce moment-là ces millions d’émissions-là, rediffusées en plus en fin de soirée ? À quoi ça sert de les écouter ?
En somme, et pour nous résumer encore une fois : 1) QUI écoute ça ? ; 2) POURQUOI ?
Jeudi 18 décembre 2003