Cinquante chroniques

4 novembre 2017

40. Sérieusement

– Il y en a qui disent que le cancer c’est une maladie de l’âme
– Une maladie de lames ?
– Une maladie de l’ÂME, comme dans L’ÂME HUMAINE.
– Remarque, moi mon rasoir est tellement vieux que je suis sûr que la lame doit avoir le cancer.
– Oui, mais le cancer peut pas être une maladie de l’âme, comment tu pourrais avoir une maladie de l’âme quand tu as pas d’âme ?
– Qu’est-ce qu’ils veulent dire, « l’âme » ?
– C’est ce que je me demande, moi.
– Le jeune qui était allé se faire soigner au Texas ou je sais pas où dans le sud des États-Unis pour un cancer des gosses et que les nouvelles arrêtaient pas de nous faire brailler sur son sort, ça veut dire quoi le cancer c’est une maladie de l’âme si il avait un cancer des gosses, ça veut dire qu’il avait l’âme dans les gosses, ou quoi, ce gars-là ?
– Si tu as un cancer de la tête, ça veut dire que l’âme c’est la tête.
– Oui, mais tu peux pas avoir un cancer de la tête.
– Pourquoi pas ?
– La tête, c’est pas un organe, ça, la tête.
– La tête c’est pas un quoi ?
– Un organe.
– Qu’est-ce que ça peut faire, tu peux avoir un cancer de la tête comme un cancer de n’importe quoi.
– Non, il faut que ça soit un organe comme le cancer du foie, mettons, ou des poumons ou de n’importe quoi, la tête, elle, c’est pas un organe, c’est un ensemble, je dirais, un ensemble d’organes comme : les oreilles, le nez, le cerveau, etc., la bouche, etc.
– De toute façon, « cancer » ça devrait être un mot féminin, moi c’est ce que je me dis.
– Masculin, féminin ou fif, le cancer c’est le cancer, le reste on en a rien à chier.
– En tout cas, moi j’aimerais mieux avoir un cancer de n’importe quoi mais pas un cancer de la tête.
– Hélas, la vie passe et ne t’apprend rien…
– Non mais, c’est vrai, la tête c’est le siège de l’intelligence, c’est-à-dire de TOUT, tu peux pas vivre si tu as pas de tête ou si tu as un cancer de la tête.
– « He’s insane in the brain. »
– L’âme, on s’en torche le cul de l’âme, c’est la tête qui compte, dans la tête tu as TOUT, comme.
– Ce gars-là, c’est un malade genre entre les deux oreilles dans la tête.
– Quoi, qu’est-ce que tu marmonnes ?
– Rien, je pense que je commençais à m’endormir.
– Moi je suis en pleine forme, moi.
– Physique et mentale.
– Physique et mentale.
– Bref, pour revenir au cancer, finalement, c’est un dérèglement de quelque sorte, les cellules deviennent comme folles, c’est un peu comme si mettons les patates d’un champ de patates se mettaient à produire toutes seules des milliards de milliards de patates, le champ exploserait.
– Imagine si tu avais un cancer de la tête.
– C’est ça, oui, il se mettrait à te pousser des milliards de milliards de têtes, peut-être.
– Pas nécessairement.
– Comment ça, pas nécessairement ?
– Si tu as un cancer du pancréas, il te pousse pas nécessairement des milliards de pancréas, il te pousse des milliards de CELLULES de pancréas, c’est pas pareil.
– Oui, mais si tu avais un cancer de la tête il se mettrait à te pousser des milliards de têtes, C’EST ÇA, LA DIFFÉRENCE.
– Je pense que c’est pas vraiment sérieux ton affaire, moi, Chose.
– Au contraire, le cancer c’est un sujet extrêmement grave et sérieux, tu sauras.
Dimanche 11 janvier 2004

3 novembre 2017

41. Comme on fait son lit on se couche

Je connais pas grand-monde, c’est vrai, mais je connais quelques personnes, je suis pas plus fou qu’un autre, je suis comme tout le monde, moi, j’ai même connu un gars à un moment donné qui disait « les people » au lieu de « les gens » ou « les personnes », il disait « Ça dépend des people », par exemple, et ça c’était longtemps avant l’expression « les boat people », or « les boat people » c’est accepté aujourd’hui en français, mais on peut pas dire « les people », ça a pas d’allure, ça, dire « les people », mais c’est vrai que ce gars-là qui disait « Ça dépend des people » c’était un junkie, un vrai junkie l’aiguille dans le bras à tout bout de champ, jour après jour, on était en train de boire de la bière ensemble la fois qu’il m’a dit « Ça dépend des people », je le trouvais pas très intelligent, moi, ce gars-là, pas parce que c’était un junkie mais parce que c’est vrai qu’il était pas très intelligent, d’ailleurs il a fini par en crever de la junk finalement, il avait quelque chose comme vingt-huit ans, l’âge « météorique », il avait été sur la méthadone un bout de temps, comme tous les junkies, mais ça avait rien donné comme toujours quand les junkies prennent de la méthadone, c’est comme les obèses qui se bourrent de « barres minceur » à la marde enrobées de chocolat pour maigrir au lieu de se mettre à manger comme du monde, c’est assez intelligent, ça, le gars qui a inventé ça, ces « barres-là », c’est vraiment un petit génie, un bandit visionnaire, il doit avoir un méchant sens de l’humour, ce gars-là, il va en rire encore dans sa tombe jusqu’à la fin de l’éternité avec ses millions en pensant à toute la gang de bouffons qui se gavaient de ses « barres minceur » et qui lui donnaient leur argent, bref, un junkie ça peut quand même être un gars intelligent, les junkies c’est du monde comme tout le monde, au fond, sauf qu’ils se remplissent de junk, c’est la seule différence, mais d’un autre côté il faut pas être extrêmement intelligent pour se remplir de junk comme un cochon, si tu te mets à te piquer à tout bout de champ, jour après jour, il y a comme des chances que tu finisses par devenir quelque chose qui va commencer à ressembler à une sorte de junkie, c’est pas tellement plus compliqué que ça, l’affaire, même qu’à la limite on pourrait dire que les junkies se mettent à se bourrer de junk pour devenir junkies, ils vivent pas sur une autre planète, dans un autre univers, ce monde-là, les junkies c’est du monde qui savent comme tout le monde que la junk ça te rend junkie, sauf que contrairement à tout le monde qui sait ça ils en prennent pareil, donc les junkies deviennent des junkies parce que c’est ça qu’ils veulent, devenir des junkies, « moi je vas vivre dans la rue et je vas être une pute ou une vedette ratée et je vas voler de l’argent à tout le monde et je vas mentir à tout le monde tout le temps et je vas être un vrai junkie, ça va expliquer que j’ai pas d’allure et que je suis un raté ou une pute à vingt piastres le blow job ou un déchet de la société de quelque sorte, etc. », c’est une projection comme une autre, c’est comme décider de devenir comptable, mettons, ou avocat, ou n’importe quoi, c’est une sorte de plan de carrière, finalement, « il me semble que je ferais un pas pire junkie, moi, junkie ça me conviendrait assez bien, je pense », ça marche ou ça marche pas, mais devenir junkie ça marche comme à tout coup, il y a à peu près personne qui veut devenir junkie et qui échoue dans son entreprise, « moi mon rêve c’était d’être un junkie mais malheureusement ça a foiré, je sais pas ce qui s’est passé », par contre une fois que tu as réussi à devenir un junkie ton problème c’est de survivre comme junkie, tu as une vie de junkie, ou bien tu crèves junkie ou bien tu t’en sors, comme on dit, à la limite tu deviens junkie pour en crever ou pour t’en sortir, ça tourne pas mal en rond, toute cette affaire-là, ça fait que je pense que je vas essayer de me calmer un peu maintenant et que je vas aller me coucher.
Lundi 12 janvier 2004

2 novembre 2017

42. ?

La créativité, je vais te dire c’est quoi, moi, la créativité, la créativité c’est être prêt à souffrir pour que les choses aillent mieux, c’est ça, la créativité.
Je te donne un exemple, mon dentifrice, moi, c’est Colgate, « Cavity Protection Contre la Carie », c’est ce qui est écrit sur le tube, je prends la sorte qu’ils appellent « Regular », c’est-à-dire « Populaire », en français, comme si « À la menthe » ça pouvait pas être une « saveur » populaire, etc., bref, avec Colgate tu es correct, parce que sur le tube ils disent « Protection PROUVÉE contre la carie pour des dents plus solides » et je vois pas pourquoi ils nous mentiraient, finalement, mais c’est pas ça, l’important, l’important c’est que j’achète le Colgate au lieu d’une autre marque parce que quelqu’un, quelque part, s’est un peu forcé le cul, un beau jour, et qu’il a étudié comme il faut la question du tube de pâte à dents et qu’il a fini par se dire : « Il y a un petit problème avec les tubes de pâte à dents, c’est le bouchon, il faut que tu enlèves le bouchon, après il faut que tu le mettes quelque part, le bouchon est rond, il roule, il tombe dans le trou du lavabo, tu l’échappes dans la toilette, tu le dévisses, tu le revisses quand tu as fini, bref, c’est l’enfer, il faudrait que tu puisses ouvrir le bouchon sans que tu sois obligé de l’enlever, je vas essayer de faire ça, moi, un bouchon que tu peux enlever, si tu veux l’enlever, mais aussi que tu peux laisser là si tu veux pas l’enlever, c’est assez simple, en fin de compte, j’ai juste à faire un bouchon dévissable, mais avec une partie qui s’ouvre et qui se ferme sans que tu aies besoin d’enlever le bouchon à chaque fois que tu te brosses les dents », et ça a marché, son affaire, il a réussi, le gars, il a inventé le bouchon avec comme une sorte de petit couvercle qui s’ouvre et qui se ferme et qui est pris après le bouchon, et je trouve ça vraiment pratique, moi, une fois que tu as commencé à t’habituer avec le bouchon ouvrable et refermable, il y a aucune raison au monde pour que tu continues à te faire chier tout le reste de ta vie avec les bouchons que tu dévisses et que tu revisses, c’est pour ça que j’achète cette marque-là, moi, au lieu d’une autre marque de pâte à dents.
C’est ça qui est ça.
Bon ben, je pense que j’ai fini, j’ai dit ce que j’avais à dire, j’ai rien à rajouter.
Qu’est-ce que je fais ?
Je peux pas m’arrêter là, d’habitude je fais trois pages, là j’ai pas fait mes trois pages, j’en ai même pas fait deux…
Dans Céline, Louis-Ferdinand Céline, l’écrivain, pas Céline Dion la chanteuse à la marde, il y a un passage, dans « Voyage au bout de la nuit », je pense, c’est des soldats de la Première Guerre mondiale, il y en a un les autres se mettent à le traiter de fif parce qu’il transporte une brosse à dents avec d’autres affaires dans une boîte en métal, c’est une indication intéressante, ça veut dire qu’avoir une brosse à dents vers 1914 c’était encore une curiosité, d’ailleurs on sait pas avec quoi ceux qui se brossaient les dents à cette époque-là se les brossaient, c’est un petit détail, mais dans les films russes des débuts de la Révolution tous les pauvres dans les scènes d’émeute c’est des édentés qui devaient forcément jamais se brosser les dents, c’est comme les scènes de salle de cinéma dans les films d’une certaine époque, la première affaire que tu remarques c’est que tout le monde fumait dans les cinémas, aujourd’hui ils nous mettent des photographies de monstres sur les paquets de cigarettes pour nous écœurer, des photos de monde que les dents leur pourrissent dans la bouche, d’après moi ça veut dire rien qu’une affaire, c’est que ou bien les cigarettes étaient beaucoup moins dangereuses pour la santé autrefois, ou bien la pâte à dents est beaucoup moins bonne aujourd’hui, mettons.
Lundi 12 janvier 2004

1 novembre 2017

43. La lectrice

Je reçois une lettre d’une fidèle lectrice.
« Cher Monsieur,
« Vous êtes un dangereux malade vous mon cher Monsieur, je n’ai que ça à vous dire, etc., etc. ! »
Ça commence bien, je la connais même pas, moi, cette conne-là !
« Vous devriez avoir honte espèce de pas d’allure de singe du Nédanderthal ! »
« Allez vous faire enculer ! Moi-même en tant que Femme, Épouse et Mère de Famille je vous encule mon très cher Monsieur ! »
Oh boy !
« Vous saurez Monsieur comme l’a dit je crois un très grand et très célèbre penseur dont le nom m’échappe malheureusement pour le moment mais ça va sûrement me revenir dans quelques instants ne vous en faites pas que la Femme est l’Avenir de l’homme mon cher Monsieur ! »
Bel avenir en perspective, tout le monde obligé de porter des talons hauts et de jouer à la poupée du matin jusqu’au soir !
« Vous avez le culot d’écrire dans votre torchon et je vous cite intégralement et textuellement : À partir de l’âge de cinquante ans toutes les femmes devraient se mettre à s’habiller en homme comme ça les choses seraient un peu plus claires ! »
Quoi, c’est vrai, les femmes, après la ménopause, qu’est-ce que ça peut bien leur donner de continuer à se déguiser en femmes ?
Elles se pensent encore « cocottes » dans leur tête, ou quoi, elles s’imaginent « fleurs » ad vitam aeternam, avec leurs attirails de clowns et leurs petits pots de crèmes « anti-ceci » et « anti-cela » et leurs espèces de caleçons en dentelle bouffante et leurs magazines à la marde et leurs téléromans de débiles mentales, et elles ont même plus de pollen !
L’abeille te regarde ça, ces bouquets-là, elle dit aux autres abeilles de sa gang : « Perdez pas votre temps, les gars, c’est pas avec elles qu’on va faire notre miel cette année, elles sont fanées, celles-là, un coup fanées il y a plus rien à faire, ça se répare pas ! »
« Mais comment osez-vous donc parler de la sorte des Femmes et des Mères de Famille qui vous ont mis au monde vous et tous les autres maudits hommes de votre espèce et qui vous ont allaités jusqu’à l’âge adulte etc. ! »
– Écoutez chère Madame, vous apprendrez que dans les femmes il y a pas juste du lait, en fait après la ménopause la laiterie se trouve à être fermée comme pour ainsi dire définitivement, il y a aussi de la testostérone dans les femmes, chère Madame, oui oui, de la testostérone, et à la ménopause la testostérone dans les femmes devient active, elle explose, comme qui dirait, c’est pour ça que les femmes à cet âge-là elles se mettent à avoir de la barbe et à vouloir se battre avec les hommes à tout bout de champ et à propos de n’importe quoi, c’est pas moi qui le dit, chère Madame, c’est : La Science, notre Maître à tous !
« Qu’est-ce que vous pensez que ça peut me foutre à moi La Science comme vous dites espèce de petit trou du cul sans cervelle, espèce de pas de couilles dégénéré minable lavette, je l’encule moi La Science moi mon cher Monsieur, La Science moi je l’encule même très fort et jusque dans le fin fond de son elle-même moi La Science Monsieur et même que je m’en branle moi mon très cher Monsieur de La Science vous apprendrez Monsieur ! »
– Appelle ta fille, présente-moi-la avec ta petite sœur, que je les baise toutes les deux ensemble, et va faire des tartes, toi, va manger du chocolat, va te coucher, on t’a assez entendue, espèce de christ de nouille de bas de gamme du câlisse !
Non mais, il y a un bout à tout dans la vie !
« P.S. À propos cher Monsieur vous serait-il possible de m’envoyer un autographe s.v.p. ? »
Mercredi 14 janvier 2004

31 octobre 2017

44. TV-Dinner

– Peux-tu me dire, toi, Chose, qu’est-ce qu’une journaliste soi-disant pas trop conne comme Michael Jean va faire dans une émission de cuisine comme celle à Ritardo ?
– Michael Jean, tu veux dire la Noire, je veux dire la Haïtienne ?
– C’est ça, en plus elle le dit elle-même à l’autre tata, elle fait même pas la cuisine.
– C’est fort.
– C’est fort, mets-en, « oh que ça sent bon », « oh que j’aime ça, moi, manger telle affaire », « oh qu’est-ce que je fais là à faire la débile mentale avec l’autre tata ? ».
– Tu veux dire celle qui faisait le « Télé-Journal » à un moment donné à Radio-Canada ?
– Il y a pas grand-chose qu’elle a pas fait, cette fille-là, elle est partout.
– En tout cas, elle fait pas la cuisine, ça, au moins, on le sait, maintenant.
– Exact.
– L’autre l’a invitée juste parce que le monde la connaissent, ils l’ont déjà vue ailleurs à la TV.
– Mais elle servait à rien et ça lui servait à rien à elle non plus parce qu’elle l’a dit, elle fait même pas la cuisine, mais l’émission c’est une émission que tu fais de la CUISINE.
– Effectivement, c’est un peu compliqué comme affaire, finalement.
– Si le tata, là, Micardo invitait n’importe qui, mettons toi, par exemple, ça veut dire quoi, ça veut dire que personne l’écouterait son hostie d’émission de cuisine à la marde ?
– Pas forcément, une vedette ça rajoute toujours un peu de piquant, c’est du show-biz comme, c’est ce que je me dis, moi.
– Est-ce qu’il neige encore, là ?
– On dirait bien.
– J’ai pas hâte de voir la facture.
– Tu veux dire l’émission « La facture » ?
– Non, je veux dire la facture du chauffage, j’en peux plus, moi, ça fait trois mois qu’il fait moins 1000, au moins, jour après jour, je dors tout habillé depuis des semaines, ma bière gèle quand je la mets entre les deux portes.
– Peut-être que Michael Jean est allée à l’émission de Mardokid se faire un petit peu de cash facile, qu’elle soit capable de payer son Hydro.
– Quand je les entends, moi, ce monde-là qui font semblant de sympathiser avec le pauvre monde parce qu’il fait moins 1000, ils sont pleins comme des tabarnaks, ce monde-là, tu viendras pas me dire que Simon Durivage il a pas un garage CHAUFFÉ, toi, ce gars-là.
– C’est vrai qu’il doit être assez plein Simon Durivage, « Saumon Durivage », depuis le temps qu’il est là, il a tout fait, lui, ce gars-là, il a même travaillé dans tous les postes à la TV.
– À part ça, le cuisinier, là, Mardoku, c’est pas un Italien, d’après ce que je comprends, moi, ce gars-là, c’est quoi le trip d’avoir un nom italien si tu es même pas Italien ?
– Écoute, il y a même du monde qui s’appellent « Gino » et qui sont pas Italiens.
– C’est quoi le trip, d’après toi ?
– C’est un trip de parents, ils aimaient Gino Vannelli, mettons, et ils ont appelé leur gars comme ça parce qu’ils écoutaient du Gino Vannelli la fois qu’ils ont baisé, je sais pas, moi.
– C’est un peu comme si tu t’appelais Fidel Poitras, mettons.
– Oui, ou Mamboula Brouillette.
– Ou Dan Bigras.
– J’ai déjà entendu le nom d’une fille qui s’appelait, je te le jure, « Édith Ouellette ».
– Un nom assez chiant.
– Assez chiant merci, oui.
– Ça se peut-tu.
– En tout cas, j’ai pas hâte de voir la facture, moi, ça va être la beurrée, Chose.
– La beurrée de marde.
– La beurrée de marde, mets-en.
– Mais pas pour eux autres.
Jeudi 15 janvier 2004

30 octobre 2017

45. Dialogue sur l'alcool

– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
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– Oui !
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– Oui !
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– Oui !
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– Oui !
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– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
– Oui !
– Non !
– Oui !
Samedi 17 janvier 2004

29 octobre 2017

46. I drink alone

– « I don’t ordinarily drink with strangers / I drink alone… »
– C’est quoi, ça, cette chansons-là?
– C’est une chanson que j’ai entendue à la radio aujourd’hui quand je me suis réveillé, c’est une chanson « de jazz ».
– Une chanson de jazz ?
– Oui.
– Tu écoutes du jazz, toi ?
– Non non, je mets la radio pour me réveiller le matin, c’est tout, je sais jamais à quel poste je suis, ça peut être n’importe quoi, je peux tomber sur n’importe quelle musique ou n’importe quoi d’autre, des postes en chinois, n’importe quoi.
– Tu te réveilles pas avec « Marie-France Bazzo-Canada », toi ?
– Ça m’est peut-être déjà arrivé, mais c’était par accident, dans un sens.
– Comment ça, par accident ?
– La nuit, quand je me couche, j’allume la radio des fois avant de m’endormir et je change de poste pour me réveiller le lendemain, je sais jamais d’avance sur quoi je vais tomber, la radio moi je connais pas vraiment ça, ça m’intéresse pas, moi, ces affaires-là.
– Oui, mais tu risques pas d’avoir des surprises des fois, genre « musique heavy métal malade mental », ça te part une journée assez raide merci, ça, mon gars.
– Ça peut être n’importe quoi, c’est ce que je te dis.
– En parlant de n’importe quoi, j’ouvre le journal « Voir », l’autre jour, il y a une chronique qui s’appelle « Les grandes gueules », cette semaine c’était un texte d’un Français qui s’appelle Maurice Gantec.
– Bantec, je pense.
– Comment ?
– Maurice BANTEC, pas GANTEC.
– Anyway, c’est un autre hostie de Français fatiguant, un trou du cul, une nuisance, un épais.
– Qu’est-ce que les hosties de Français viennent faire dans nos journaux, ils en ont pas eux autres des journaux en France, ces hosties-là ?
– Écoute, c’est rien ça, cet hostie-là il est même déjà venu vivre ici, à Montréal, se pogner le cul un bout de temps, le temps de nous écœurer avec ses hosties de niaiseries de Français de France.
– Qu’est-ce que tu veux, Montréal c’est pas loin de New York, en plus ça coûte pas mal moins cher aussi, ça fait que…
– J’ai feuilleté un de ses livres à ce gars-là, moi, à un moment donné, par hasard, une brique de six cents pages avec un titre genre « Le crépuscule de l’Occident », ou « La machine de guerre » ou « Fourbissons nos armes » ou je sais pas quoi, un titre « titre » qui est sensé fesser mais qui veut absolument rien dire, dans le fond.
– Et puis ?
– C’est nul, c’est n’importe quoi, genre « j’ai fumé du hasch et ça fait trente-six heures que j’écris - comme si c’était un exploit d’écrire n’importe quoi sur n’importe quoi juste pour ‘‘ écrire ’’ - et le soleil se lève et comme l’a dit Nietzsche et l’écrivain au troisième millénaire devra être technologique et américain etc. », tu refermes ça, tu te dis : « Ça sert à absolument rien, ce livre-là, tu fais quoi avec ça, ça te mène à quoi, ça te mène à absolument rien. »
– Dans le journal « Voir », c’était quoi son trip ?
– C’était la même affaire, une autre niaiserie, il se chicanait avec un autre illustre trou du cul de quelque sorte qui avait écrit je sais pas quoi, il l’engueulait à propos des Arabes et des Juifs qui s’entretuent, je pense, ou des Musulmans fuckés, je sais pas, j’ai absolument rien compris.
– C’est une grosse industrie, l’industrie du papier.
– C’est des milliards, tu veux dire.
– « I don’t ordinarily drink with strangers / I drink alone… »
Dimanche 18 janvier 2004