Cinquante chroniques

18 novembre 2017

26. God bless Arnold

Comme ça, Arnold a été élu, hein ?
Arnold. Pas besoin de dire son nom de famille, tout le monde sait de qui je parle. C’est comme si je disais Elvis. Ou Adolf. Ou Céline (Dion, pas Louis-Ferdinand…).
Donc : Arnold a été élu.
Pour une nouvelle, c’est une nouvelle. Pour le reste, c’est tellement gros, tellement évident, tellement ÇA, qu’il y a rien à dire, rien à rajouter, n’importe quelle espèce de commentaire serait de la pure connerie, de la perte de temps.
Arnold a été élu, le peuple a parlé.
La Démocratie, vois-tu, ça existe. Non seulement ça existe, mais ça fonctionne.
J’aime beaucoup ce qui se passe aux États-Unis et dans le Vaste Monde par les temps qui courent, je me régale, je suis content d’être là et d’avoir la chance de voir ça.
À l’époque où je vivais à Laval, j’étais déjà un Montréalais, aujourd’hui je vis à Montréal et je me sens « New-Yorkais », you know what I’m saying ?
Les Américains, j’ai rien contre, j’en suis un.
Il y a très peu d’êtres humains que j’ai pu haïr aussi profondément que j’ai haï Ronald Reagan, il y a une vingtaine d’années, je l’ai haï pour tuer, Reagan, à peu près comme je peux haïr Jean Charest la charogne aujourd’hui.
George W. Bush, par contre, c’est quelqu’un qui m’amuse. C’est quelqu’un qui m’amuse même beaucoup. Il est très bon, c’est un excellent bouffon, il fait très bien ce qu’il est payé pour faire à ce moment-ci de l’histoire. Ce qui semblait s’annoncer d’une façon assez claire, il y a un peu moins d’un siècle, tout de suite après la Première Guerre mondiale, mettons, c’est devenu ÇA qui est ÇA aujourd’hui, plus personne au monde peut prétendre le contraire. Le « troisième millénaire » de notre ère sera américain, il l’est déjà. C’est historique. C’est correct. Why not ?
C’est correct parce que c’est comme ÇA que les choses se passent. Arnold a été élu. L’effondrement du bloc communiste l’a démontré une fois pour toutes : il y a pas d’idéal, il y a rien que la réalité. La réalité peut te faire chier autant que tu le veux, naturellement, mais c’est une autre affaire, ça. Ton cancer du poumon peut te faire chier lui aussi, mais tu fumes deux paquets de cigarettes par jour depuis quarante ans, c’est ÇA, la réalité, ça finit là. Qu’est-ce que tu peux y faire à ton cancer du poumon ? Rien.
Ils étaient encore en train de compter les votes en Floride aux dernières « présidentielles » que George Doublevé se payait un petit bombardement de la Libye, histoire de mettre les cartes sur la table dès le départ. Il avait hâte de jouer avec ses belles grosses machines de guerre, le petit garçon à son papa chéri, il l’a fait parce qu’il pouvait le faire, c’est ÇA, la réalité.
Les Soviets se sont embourbés des années en Afghanistan, les Américains se sont amenés avec leurs gros sabots et trois semaines plus tard tout était fini. La gang de clowns talibandais avaient disparu la marde au cul, les Américains avaient perdu quelque chose comme un seul homme, un petit con qui s’était tiré lui-même en s’enfargeant dans son fusil. Personne au monde pouvait rien faire contre les Américains en Afghanistan. Personne au monde a rien fait, non plus.
L’Irak, on en parle même pas, c’est comme pour Arnold, Blair l’a tout de suite compris, lui.
Chez les loups, qui sont des animaux sociaux, il y a un chef : c’est le loup le plus fort.
Chez la variété de singes qu’on appelle « humains », c’est les Américains qui sont les plus forts, aujourd’hui, c’est ÇA qui est ÇA.
Why not ?
Si c’était la Belgique qui régnait sur le monde, qu’est-ce que tu voudrais que ça me fasse à moi, qu’est-ce que ça changerait que ça me fasse « ceci » ou « cela » ?
Ça changerait absolument rien, c’est tout.
Samedi 27 décembre 2003

17 novembre 2017

27. LBV

– J’allais dire : Victor-Lévy Beaulieu.
– Qui ?
– Victor-Lévy Beaulieu.
– Ah, lui ? What’s with the hat, man ?
– Je sais pas, ça doit être un gars de la campagne ou je sais pas quoi.
– Quelle campagne, la campagne française ?
– Je sais pas, moi aussi ça me dépasse, moi, ces affaires-là.
– What’s with the beard, man ?
– J’allais le dire : la barbe, c’est quoi l’idée ?
– Tout le monde a une barbe à la campagne.
– Ça fait Québécois, c’est ça ?
– C’est sûr que c’est ça, la barbe c’est une invention québécoise, voyons, tout le monde sait ça, ou en tout cas ils devraient l’apprendre.
– Il y a les bretelles aussi.
– Oui, la bédaine aussi, la pipe…
– On parle toujours de Victor-Lévy Beaulieu ?
– Écoute, en plus il zozote, je pense, ou il zézaye, je sais pas comment on dit ça au juste.
– Victor-Lévy Beaulieu ?
– De qui tu penses que je parle, de Michel Tremblay, peut-être ?
– Victor-Lévy Beaulieu, il a pas fait de la radio, lui, ce gars-là ?
– Non, non, il a fait de la télévision.
– Remarque, quand tu zozotes, faire de la radio… Tu as pas grand-chose pour te rattraper… À la télévision, le monde peuvent au moins te voir…
– Non, non, c’est pas ça, il passe pas À la télévision lui-même, il écrit À la télévision.
– Il lui écrit des lettres, tu veux dire ?
– Non, non, non, il écrit pour la télévision, c’est ça, le mot que je cherchais c’est « pour », « pour » la télévision.
– Je le sais, je te niaise.
– Il me semblait aussi.
– Oui, mais quand même, moi je dis que c’est bien beau d’écrire, mais à ce point-là…
– Yeah, what’s with the fucking productivity, man ? ! WHAT’S WRONG WITH THE FUCKING GUY, MAN ? !
– Il vient d’un milieu où il fallait, je sais pas, moi… survivre…
– WHAT’S WITH THE FUCKING SURVIVAL THING, MAN ? ?
– Oui, mais à la campagne il faut que tu survives, c’est important de survivre, à la campagne.
– Je le sais, je te niaise !
– Il me semblait aussi…
– Non mais, franchement, Victor-Lévy Beaulieu, la première affaire c’est que son nom tient vraiment pas debout, tu me feras jamais accroire que ça existe, toi, quelque chose comme « Victor-Lévy Beaulieu ».
– Non, justement, ça existe pas, on appelle ça un pseudonyme, un « soi-disant nom », autrement dit.
– Ah, OK.
– Tous les artistes ont des faux noms d’artiste, ça leur z’aide à être des artistes.
– Pourquoi pas Victor-Lévy DE Beaulieu, un coup parti ? POUR QUI IL SE PREND, CE TABARNAK-LÀ ? What’s with the GUY, man ?
– Écoute, c’est quoi ton problème, tabarnak ?
– Je te demande pardon ?
– J’ai dit : c’est quoi ton problème, toi, tabarnak ?
– Mon QUOI ? ? ?
– Je te sens un peu tendu par moment.
– Non, non, ça va, je te niaise.
– Il me semble, oui…
– Sérieusement, on peut pas rire de Victor-Lévy Beaulieu tellement longtemps, ce gars-là a aucun humour, et ça, c’est EXTRÊMEMENT rare, AUCUN HUMOUR, même que c’est incompréhensible, à la limite, mettons.
– En fait, c’est pas humain, tu veux dire.
– Il est même pas capable d’écrire de la poésie non plus, ça fait que imagine…
Dimanche 28 décembre 2003

16 novembre 2017

28. La Mauricie

– La « Mauricie », c’est quoi le trip ?
– Comment ?
– La « Mauricie ». D’où ça vient, ce nom-là, pour commencer, ça veut dire quoi, « la Mauricie » ?
– Ça doit venir de « Maurice », c’est comme rien.
– C’est ce que je me disais aussi.
– D’après moi, ça doit vouloir dire quelque chose comme « la place à Maurice ».
– Ça se pourrait, ça fait du sens.
– La question, c’est de savoir : Maurice qui ?
– Oui.
– Est-ce que c’est grand, la Mauricie ?
– Je sais pas, je suis même pas sûr de savoir où ça se trouve exactement.
– C’est dans le bout de la Beauce ou des Cantons de l’Est, quelque part par là, dans le bout de Québec, autrement dit.
– Oui, je pense que c’est ça.
– Je te demande si c’est grand la Mauricie parce que si c’est grand, le nom doit venir d’un Maurice quand même assez important, un gars connu par là comme Barrabas, mettons.
– C’est vrai, tu donnes pas le nom de quelqu’un de vraiment connu à une place que personne connaît, mettons le lac « Marie-France Bazzo » ou « Gilles Vigneault », pour te donner un exemple, si c’est un lac perdu dans une forêt perdue où personne va jamais.
– Exact.
– C’est qui qui s’appelle Maurice qui venait de la Mauricie ?
– Ah, je le sais, il y en a pas des tonnes des Maurice, ça doit être Maurice Vachon.
– Qui ?
– Mad Dog Vachon. Son vrai nom, c’est « Maurice Mad Dog Vachon ».
– Tu es sûr ?
– Je te le dis.
– Oui, mais Mad Dog Vachon c’est pas une gloire nationale, ça, Mad Dog Vachon c’est un lutteur de quelque sorte.
– On sait pas, peut-être qu’en Mauricie c’est une gloire nationale.
– Pourquoi ça serait une gloire nationale en Mauricie ?
– Parce qu’il vient de là-bas.
– C’est pas suffisant qu’il vienne de là-bas, ça doit être une gloire nationale pas rien qu’à peu près pour qu’ils appellent leur contrée, leur « zone », je sais pas comment dire ça, « la Mauricie ».
– Tu serais pas fier, toi, que Maurice Vachon dit « Mad Dog Vachon » vienne de ton village ?
– Mets-en que je serais fier.
– Moi aussi, Mad Dog Vachon il est écrivain en plus, ce gars-là, il a écrit un livre qui s’appelle « Une vie de chien dans un monde de fous », quelque chose comme ça, c’est pas un roman, c’est l’histoire de sa vie, je pense.
– En tout cas, ça doit pas être de la poésie, ça, c’est certain.
– Pourquoi pas de la poésie ?
– Un lutteur, ça écrit pas de la poésie, un lutteur c’est un lutteur, surtout Mad Dog Vachon, tu lui as pas vu la face, toi, Chose ?
– Il y a bien un boxeur qui en écrit, lui, des poèmes, tout le monde le connaît, ce boxeur-là, il a même fait des films, il me semble.
– À moins que la « Mauricie » ça ait été nommé en l’honneur de Maurice Richard ?
– Ça se pourrait, mais je sais pas, moi, il me semble que Maurice Richard venait pas vraiment de la Mauricie.
– Est-ce qu’il est toujours en vie, Maurice Richard ?
– J’en ai aucune idée, je pense que oui.
– Il pourrait aller s’installer en « Mauricie » et faire semblant que ça a été nommé en son honneur.
– Es-tu malade, personne est assez fou pour aller s’installer en Mauricie, voyons donc.
Dimanche 28 décembre 2003

15 novembre 2017

29. Poissons

Je reçois ta dernière lettre, je comprends d’après ce que tu me dis que tu as pas reçu la mienne, je veux dire ma dernière.
Donc la dernière lettre que tu as reçue de moi était pas ma dernière, ma vraie « dernière » a dû se perdre quelque part, ça arrive pas souvent, ces choses-là, mais ça arrive quand même des fois, n’est-ce pas.
Au cas où tu la recevrais pas, je veux dire « ma vraie dernière lettre », pas celle-ci ni l’autre que tu as reçue, mais celle qui s’est « perdue », je vais essayer de te la résumer, comme ça si tu la reçois pas (la « dernière »), celle que je t’écris maintenant pourra la remplacer, pas complètement, c’est sûr, une lettre qu’on a écrit et qui s’est perdue ça se remplace pas, ça se remplacera jamais, mais au moins tu en auras comme une espèce de « résumé », mettons.
Donc dans cette lettre-là, celle que tu as jamais reçue, je veux dire, je te racontais une soirée avec des gars que je connais, en fait il y en avait que je connaissais et d’autres que je connaissais pas ou pas vraiment, bref, on était en train de prendre un coup toute la gang, il y avait Chose qui revenait de New York, il était allé vendre des sapins de Noël là-bas pour se faire un peu de fric, tout le monde fait ça, aujourd’hui, il y a un marché pour ça, là-bas, à New York, j’ai même déjà vu un reportage là-dessus à la télévision, il y a deux trois ans, c’est pour te dire.
Donc le gars essayait de nous raconter son trip de sapins de Noël à New York, la grosse affaire, tout le monde s’en contre-câlissait de son histoire, personne l’écoutait, l’autre zouf était en train de me dire, demande-moi pas pourquoi, qu’il avait fait bouillir ses poissons rouges dans son aquarium, « je suis revenu de vacances, les poissons étaient morts, j’avais mis la température de l’eau trop chaude ! », il se tordait, le gros, il en pissait dans ses culottes, mais en même temps il s’en foutait totalement, ils étaient morts, ses poissons rouges, bref, n’importe quoi, on se serait cru à un meeting de l’ADQ, si tu vois ce que je veux dire.
– Si tu as des poissons tropicaux, il faut que tu achètes de l’eau salée pour les mettre dedans, ces poissons-là !
– Mais si c’est des poissons tropicaux « de lac » ? Même dans les tropiques, l’eau des lacs est pas salée !
Tu vois le genre.
– Oui, mais comment ça se fait que les poissons goûtent pas salé si ils vivent dans de l’eau de mer ?
– Écoute, c’est pas parce que les poissons VIVENT dans l’eau de la mer qu’ils la BOIVENT ! Un poisson, ça boit pas d’eau, tu savais pas ça, toi, Chose ?
– Moi j’ai vendu des sapins de Noël pendant un mois à New York !
– Près des écluses, à Valleyfield, les perchaudes tu les ramassais à la puise. mon gars, tu avais même pas besoin de les pêcher !
– Je le sais, j’ai de la parenté là-bas !
– C’est comme se crosser, à qui ça nuit, se crosser, ça nuit à absolument personne !
And so on, la déconnade à plus finir, le vrai trip « cabane à sucre » québécois, tout le monde en train de gueuler, avec Miles Davis à tue-tête par-dessus tout ça, moi cette histoire-là de poissons m’avait accroché, je veux dire « les poissons », « l’être » du poisson, « l’être-poisson », je me disais : « Quel genre de mémoire ça peut avoir, un poisson ? », parce que si tu as pas de mémoire, tu existes pas, tu peux pas exister sans mémoire, les poissons, eux autres, si tu les étudies comme il faut, tu observes qu’ils se déplacent en bande, ils ont une espèce d’existence collective, ils se synchronisent, c’est comme un « vol d’oiseaux », un poisson en vaut un autre, c’est remplaçable un poisson, etc.
Bref, je suis un peu pressé, il faut que j’y aille, maintenant, je te raconterai ça une autre fois.
Lundi 29 décembre 2003

14 novembre 2017

30. Lire

– Tu es en train de lire QUOI ?
– Une biographie de Rock Hudson…
– Une biographie de ROCK HUDSON ? ! ?
– Oui, je suis tombé là-dessus par hasard, l’autre jour, à la bibliothèque…
– UNE BIOGRAPHIE DE ROCK HUDSON ? ! ?
– C’est pas vraiment intéressant… En fait, c’est vraiment pas intéressant…
– C’est vraiment pas intéressant ? Mais à quoi tu t’attendais ? UNE BIOGRAPHIE DE ROCK HUDSON ! ! !
– Je sais pas, il m’a toujours intrigué, moi, ce gars-là…
– Il t’a toujours intrigué ? ! ? ROCK HUDSON T’A TOUJOURS INTRIGUÉ ? ! ?
– Oui… J’ai toujours senti qu’il y avait quelque chose qui marchait pas chez ce gars-là… J’ai toujours senti qu’il y avait quelque chose, je savais pas quoi…
– Tu savais pas quoi ? ! ?
– Non, je savais pas quoi…
– Tu savais pas qu’il était fif ?
– J’ai fini par le savoir, comme tout le monde, quand il a eu le sida je me suis dit : « OK, c’était ça »…
– Mais quand tu l’as su, il a pas arrêté de t’intriguer, Rock Hudson ?
– Oui, mais il s’est mis à m’intéresser comme phénomène…
– Comme phénomène ? ! ?
– Oui, une fois que tu le sais, tu essayes de voir si ça paraît dans ses films, ça paraît tout le temps, mais en même temps ça paraît jamais…
– Qu’il est fif ?
– Oui… Il y avait quelque chose qui t’intriguait, quelque chose qui t’échappait, et là, tu le sais, ça devient clair, mais en même temps ça reste pareil, c’est fait pour t’échapper, c’est pour ça que c’était caché… Ça fait que toute cette affaire-là est pas vraiment intéressante, un peu bizarre, mais pas vraiment intéressante…
– Tu lis vraiment n’importe quoi !
– Je le sais, c’est ça, le problème…
– Le problème ?
– Oui, je sais plus quoi lire, je lis n’importe quoi…
– Arrête de lire !
– Je suis pas capable…
– Tu es pas capable d’arrêter de LIRE ?
– Non, pas vraiment…
– Pourquoi tu sais plus quoi lire ?
– Je le sais pas, ça m’emmerde, ça m’ennuie…
– Quoi, lire ?
– Non, ce que je lis… Je sais pas, rien m’intéresse… Rien m’accroche…
– C’est peut-être le fait de lire qui t’accroche plus ?
– Non, au contraire, j’aurais envie de lire quelque chose qui me donnerait quelque chose, je sais pas quoi… Je pense que la biographie de Rock Hudson je la finirai pas…
– Tu PENSES que tu la finiras pas ? ! ?
– C’est épouvantablement ennuyant, ce livre-là, mais j’ai plus rien d’autre à lire…
– Arrête de lire, je te dis ! Fais d’autres choses !
– En fait, j’ai un gros livre sur le Moyen Âge aussi, mais je l’ai pas pris pour lire, je l’ai pris pour les images…
– Quelles images ?
– Les images du Moyen Âge… J’aime beaucoup les images du Moyen âge, leur « peinture », qui était pas encore de la peinture, les manuscrits enluminés, on se croirait sur une autre planète… En plus je trouve ça beau…
– Eh ben !
– C’est comme ça, qu’est-ce que tu veux…
– Rock Hudson, lui, tu le trouves beau ?
– Certainement, c’était un bel homme, Rock Hudson… Un bel homme, c’est un bel homme…
– Tu trouves pas qu’il ressemble un peu à Jack Kerouac, l’écrivain ?
– Kerouac était plus court… Un autre genre…
Mardi 30 décembre 2003

13 novembre 2017

31. Aujourd'hui dans l'actualité

Il y a eu trente mille morts dans un tremblement de terre en Iran, l’autre jour.
Et dire qu’il y a des écœurants qui vivent jusqu’à cent ans…
Bref, trente mille morts, c’est de la sérieuse actualité, ça, ça fesse, ça, « trente mille morts ».
Il y en aurait eu juste cinq mille, deux mille, même, ça aurait été de l’actualité pareil.
Les tremblements de terre, même sans morts, c’est toujours de l’actualité, de toute manière.
« Un tremblement de terre de 4,3 sur l’échelle de Mordecaï Richler a secoué la ville de Londres, hier, on ne rapporte aucun décès, etc. »
Pourquoi ils nous l’annoncent d’abord ?
Aujourd’hui, c’est le premier janvier, il y a jamais de nouvelles, le jour de l’An, tout le monde prend un break.
Ils ont sorti deux personnes, une petite fille et son père, ou quatre, je sais pas, des décombres du tremblement de terre en Iran, aujourd’hui, ça intéresse qui, cette « nouvelle-là » ? Nous autres, on veut savoir combien de morts EXACTEMENT il y a eu là-bas, le reste on s’en fout, on les connaît pas, nous autres, ce monde-là.
C’est drôle, l’actualité, parce qu’il y a rien de moins actuel que l’actualité, c’est toujours dépassé, ça dure jamais, l’actualité.
En fait, il se passe vraiment pas grand-chose dans l’actualité.
Tout ça, c’est assez fabriqué, finalement, sauf dans les cataclysmes naturels.
Si un politicien ou une vedette, c’est la même chose, pouvait provoquer un petit tremblement de terre ou une petite tornade pour se mousser, ça serait le rêve, le summum, l’éjaculation.
Pour le reste, l’actualité ça sert pas à grand-chose, c’est ce que je me dis, moi.
Quand on revoit des bouts des bulletins de nouvelles d’il y a vingt ans, à la télévision, on se demande sérieusement comment on pouvait être aussi nul pour écouter ça jour après jour.
Les peignures des « lecteurs de nouvelles », les « lectrices », surtout, c’est à brailler de rire, ou de désespoir, ça revient au même.
Ils deviennent pas crédibles, ce monde-là, le monde de l’actualité, le monde des « nouvelles », quand tu revois leurs peignures, leurs cravates, leurs amanchures d’il y a dix ans.
Le monde de l’actualité, on dirait toujours qu’ils vivent dans le monde de l’actualité, comme.
Dans leur genre, c’est des espèces de parasites qui servent à rien, quand on y pense, c’est des charognards, des « rapporteurs », qui bavassent tout à tout le monde, des écornifleurs, des trous du cul, des paniers percés, comme on dit couramment.
– On les a empêchés de le faire en le disant à tout le monde.
– Lui c’est un fif, lui il s’est fait sucer par sa secrétaire dans son bureau.
– Nous verrons bien ce que déclarera Chose à cette réunion où n’avons malheureusement pas le droit d’entrer parce que nous sommes des petits trous du cul comme absolument tout le monde au monde.
– Jean-Guy Un Tel n’a plus d’argent, il a été obligé de déclarer faillite, comment il va faire pour vivre, ce taré-là, moi j’ai les poches pleines, c’est sûr, je suis journaliste à la télévision, moi !
– Il pourrait se produire ceci si Chose faisait cela, sinon il pourrait se produire cela si Chose faisait ceci, on vous le dira en temps voulu, inquiétez-vous pas, de toute façon, parce qu’on a un œil sur lui, on est là pour ça.
– Cet odieux personnage, ce fieffé trou du cul devrait rendre des comptes à la population et tout nous dire, en commençant par nous autres.
Tout ça, c’est une façon de voir le monde, n’est-ce pas.
Une façon comme une autre.
Il y en a d’autres, justement.
– Lesquelles ? Nous voulons le savoir ! Nous exigeons de le savoir !
Jeudi 1er janvier 2004

12 novembre 2017

32. Écrivain

– Tu es pas écrivain, toi ?
– Moi ? Pas du tout.
– Tu étais pas écrivain ?
– Dans quel sens ?
– Tu l’as pas déjà été ?
– Été quoi, « écrivain » ?
– Oui.
– Non.
– Tu es sûr ?
– Sûr de quoi ?
– Que tu es pas écrivain.
– Que je le suis pas, ou que je le suis ? Ou que je l’ai déjà été ?
– Les deux.
– Comment ça, les deux ?
– Que tu l’es pas et que tu l’as pas déjà été.
– Comment ça ?
– Quand on l’est, on l’est.
– Je vois pas le rapport.
– On l’est, on l’a déjà été, on l’était.
– Et on le sera ?
– Peut-être pas.
– Comment ça, peut-être pas ?
– Personne connaît l’avenir.
– C’est vrai.
– Ça fait que ?
– Ça fait que quoi ?
– J’ai dû te prendre pour quelqu’un d’autre.
– C’est ça.
– On se connaît ?
– Non, on se connaît pas.
– Ah.
– Ah, quoi ?
– C’est drôle.
– Quoi ?
– Moi, j’ai l’impression qu’on se connaît.
– Comment ça ?
– Je sais pas.
– Qu’est-ce que tu veux dire ?
– Je sais pas.
– Comment, tu sais pas ?
– Je sais pas.
– En tout cas, je suis pas écrivain, moi.
– OK.
– Toi ?
– Quoi, moi ?
– Tu es pas écrivain, toi ?
– Moi ?
– Oui, toi.
– Pas du tout.
– Tu es sûr ?
– Oui, je suis sûr.
– OK.
– J’ai jamais rencontré d’écrivain.
– Moi non plus.
– Tu es sûr ?
– Certain.
– Peut-être que j’en suis un.
– Toi ?
– Pourquoi pas ?
– Comment ça ?
– Peut-être que j’en suis un.
– Un écrivain ?
– Peut-être que je te mens.
– Peut-être que tu me mens ?
– Ou que je t’ai menti.
– Que tu m’as menti ?
– C’est ça.
– Ça se pourrait.
– C’est sûr que ça se pourrait.
– Tout se peut.
– Ou presque.
– Presque, oui.
– En même temps, tout se peut pas.
– Dans quel sens ?
– Dans le sens de « Ça se peut pas ! ».
– Dans le sens de « too much », tu veux dire ?
– Oui.
– C’est vrai.
– Quoi ?
– Que ça se peut pas.
– Quoi ?
– Être écrivain.
Samedi 3 janvier 2004