Cinquante chroniques

17 novembre 2017

27. LBV

– J’allais dire : Victor-Lévy Beaulieu.
– Qui ?
– Victor-Lévy Beaulieu.
– Ah, lui ? What’s with the hat, man ?
– Je sais pas, ça doit être un gars de la campagne ou je sais pas quoi.
– Quelle campagne, la campagne française ?
– Je sais pas, moi aussi ça me dépasse, moi, ces affaires-là.
– What’s with the beard, man ?
– J’allais le dire : la barbe, c’est quoi l’idée ?
– Tout le monde a une barbe à la campagne.
– Ça fait Québécois, c’est ça ?
– C’est sûr que c’est ça, la barbe c’est une invention québécoise, voyons, tout le monde sait ça, ou en tout cas ils devraient l’apprendre.
– Il y a les bretelles aussi.
– Oui, la bédaine aussi, la pipe…
– On parle toujours de Victor-Lévy Beaulieu ?
– Écoute, en plus il zozote, je pense, ou il zézaye, je sais pas comment on dit ça au juste.
– Victor-Lévy Beaulieu ?
– De qui tu penses que je parle, de Michel Tremblay, peut-être ?
– Victor-Lévy Beaulieu, il a pas fait de la radio, lui, ce gars-là ?
– Non, non, il a fait de la télévision.
– Remarque, quand tu zozotes, faire de la radio… Tu as pas grand-chose pour te rattraper… À la télévision, le monde peuvent au moins te voir…
– Non, non, c’est pas ça, il passe pas À la télévision lui-même, il écrit À la télévision.
– Il lui écrit des lettres, tu veux dire ?
– Non, non, non, il écrit pour la télévision, c’est ça, le mot que je cherchais c’est « pour », « pour » la télévision.
– Je le sais, je te niaise.
– Il me semblait aussi.
– Oui, mais quand même, moi je dis que c’est bien beau d’écrire, mais à ce point-là…
– Yeah, what’s with the fucking productivity, man ? ! WHAT’S WRONG WITH THE FUCKING GUY, MAN ? !
– Il vient d’un milieu où il fallait, je sais pas, moi… survivre…
– WHAT’S WITH THE FUCKING SURVIVAL THING, MAN ? ?
– Oui, mais à la campagne il faut que tu survives, c’est important de survivre, à la campagne.
– Je le sais, je te niaise !
– Il me semblait aussi…
– Non mais, franchement, Victor-Lévy Beaulieu, la première affaire c’est que son nom tient vraiment pas debout, tu me feras jamais accroire que ça existe, toi, quelque chose comme « Victor-Lévy Beaulieu ».
– Non, justement, ça existe pas, on appelle ça un pseudonyme, un « soi-disant nom », autrement dit.
– Ah, OK.
– Tous les artistes ont des faux noms d’artiste, ça leur z’aide à être des artistes.
– Pourquoi pas Victor-Lévy DE Beaulieu, un coup parti ? POUR QUI IL SE PREND, CE TABARNAK-LÀ ? What’s with the GUY, man ?
– Écoute, c’est quoi ton problème, tabarnak ?
– Je te demande pardon ?
– J’ai dit : c’est quoi ton problème, toi, tabarnak ?
– Mon QUOI ? ? ?
– Je te sens un peu tendu par moment.
– Non, non, ça va, je te niaise.
– Il me semble, oui…
– Sérieusement, on peut pas rire de Victor-Lévy Beaulieu tellement longtemps, ce gars-là a aucun humour, et ça, c’est EXTRÊMEMENT rare, AUCUN HUMOUR, même que c’est incompréhensible, à la limite, mettons.
– En fait, c’est pas humain, tu veux dire.
– Il est même pas capable d’écrire de la poésie non plus, ça fait que imagine…
Dimanche 28 décembre 2003

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