Cinquante chroniques

11 novembre 2017

33. En regardant un documentaire sur Nico que j'ai déjà vu anyway

Les drogués, c’est quand c’est des vieux drogués que c’est intéressant.
Jeune, petit punk, trou du cul, c’est plutôt nul, par contre, moi je trouve.
Les jeunes devraient pas se droguer, fumer des cigarettes, etc., les vieux eux autres c’est correct s’ils le font, c’est des « quelqu’un », les vieux, quand tu commences à devenir vieux tu commences à devenir quelqu’un, en plus tu as du temps en masse et le temps c’est comme extrêmement important quand tu te drogues.
Même que je dirais que le temps c’est l’essence de la drogue, le ralentissement ou l’accélération du temps, les deux sont faux, mais en même temps les deux sont vrais, c’est ça, l’astuce.
La drogue, dans le fond, c’est assez miraculeux quand tu y penses, comme « produit » ça aurait jamais connu le succès que ça a connu si au départ il y avait rien eu là.
Le monde moyen s’intéressent pas vraiment à la drogue, ils se contentent de vivre leur vie, c’est pour ça qu’ils sont moyens aussi et qu’ils réussissent en moyenne assez bien, ils font ce qu’il faut faire si tu veux pas avoir de problèmes dans la vie et finir par mourir en santé.
C’est le monde ou bien très intelligent ou bien très nul que la drogue ça intéresse, en général, du monde très intelligent il y en a pas mal, du monde très nul aussi, mais la drogue c’est pas pour les sensibles, ça c’est sûr, et de ça aussi il y en a beaucoup dans la vie, des sensibles.
Je dis que la drogue c’est miraculeux parce qu’il fallait surtout la trouver, la « découvrir », et ça, c’est comme très loin d’être évident.
Tu prends une assez grosse planète, finalement, et une petite gang d’êtres humains garrochés ici et là la marde au cul, et les êtres humains trouvent quand même la drogue, il fallait le faire, on peut pas dire le contraire.
Une chose vraiment spéciale, aussi, c’est que presque toutes les drogues, pour pas dire toutes les drogues, viennent des plantes, même la bière et le vin et la vodka et le rhum, avec la canne à sucre, et je trouve, moi, que c’est une relation assez hallucinante entre deux genres de choses vivantes qui ont finalement pas grand-chose à se dire, si tu y penses deux minutes.
Les animaux, on les mange, les plantes aussi on peut les manger, mais les animaux nous font pas halluciner, eux autres, quoique ça pourrait être assez tripant si quand tu manges du St-Hubert Barbecue, mettons, tu devenais stoned.
Il y a quelque chose dans la chimie de certaines plantes qui nous fait ce que ça nous fait, les plantes c’est les seules affaires au monde qui nous apportent les affaires qu’elles nous apportent, nous autres en tant qu’animaux, en tant que machines vivantes d’une autre sorte, tout ce qu’on peut apporter aux plantes que les plantes connaîtraient jamais sans nous autres, c’est la marde.
Non mais, c’est vrai, et le plus drôle c’est que les plantes aiment la marde, les plantes ont besoin de la marde pour vivre, elles se nourrissent de ça, la marde, elles, les plantes.
C’est quoi de « l’engrais », tu penses, si c’est pas une forme de, excuse le mot, mais de « marde » ?
Pour se nourrir de marde, les plantes il faut que ça soit un genre de bibittes assez drôles.
Remarque, pour une plante un être humain ça doit pas exactement être trop banal non plus, n’est-ce pas.
Bref, quand tu prends de la drogue, tu deviens comme qui dirait « végétal », d’une certaine manière, tu te remplis d’organismes végétaux qui se mettent à pousser dans ton toi-même comme une forêt, ils « s’implantent », comme on dit, sans jeu de mots, et pas rien qu’à peu prés.
À un certain moment, tu veux t’en débarrasser, mais il en est pas question, elles ont conquis toute la terre, elles, les plantes, elles en ont rien à chier que tu essayes de leur résister.
Lundi 5 janvier 2004

10 novembre 2017

34. Woman in love

– Une chance que les années ont juste douze mois, le treizième on saurait pas comment l’appeler.
– Mets-en.
– À part ça ?
– À part ça, moi je te dirais : si les années peuvent être bissextiles, pourquoi nous autres on pourrait pas l’être ?
– Bissextile dans quel sens, dans le sens de « textile » ou dans l’autre sens ?
– Quel autre sens ?
– Laisse faire.
– C’est ce que je me disais aussi.
– Mais toi, les Bee Gees, finalement ?
– Quoi, « moi les Bee Gees finalement » ?
– T’es-tu fait une idée, finalement ?
– Une idée sur quoi ?
– Sur les Bee Gees.
– Je te comprends pas, qu’est-ce que tu veux dire au juste ?
– C’est assez clair, il me semble.
– C’est assez clair pour toi, peut-être.
– Tu connais pas les Bee Gees ?
– Pourquoi tu me demandes ça ?
– Tu connais pas les Bee Gees ? !
– Qu’est-ce que tu veux dire ?
– Tout le monde connaît les Bee Gees.
– Je le sais, les Bee Gees je les connais, qu’est-ce que tu penses ?
– C’est quoi ton avis ?
– Mon avis sur quoi ?
– Sur eux autres, sur les Bee Gees.
– Tu veux dire : « Qu’est-ce que j’en pense ? »
– Oui.
– Tu as des préoccupations vraiment pas banales, toi, Chose.
– Les Bee Gees, tu les trouves banals, ou quoi ?
– Qu’est-ce que ça peut te faire, ce que je pense des Bee Gees ?
– Si tu connais les Bee Gees, tu en penses forcément quelque chose.
– Peut-être que oui, peut-être que non, mais toi qu’est-ce que ça peut te faire que je pense « ci » ou « ça » des Bee Gees ?
– C’est pas ça la question.
– Toi, qu’est-ce que tu en penses, toi, des Bee Gees ?
– Tu veux que je te dise ce que moi je pense des Bee Gees ?
– Oui, vas-y donc, ça m’intéresse.
– Ce que je pense des Bee Gees, moi, c’est que « les Bee Gees » ça fait pas très affirmé, mettons.
– C’est ce que je me dis moi aussi.
– Vous faites quoi dans la vie, je suis un « Bee Gees », tu vois le genre.
– Le genre « Bee Gees ».
– Justement.
– C’est déjà un début de pensée, tu tiens peut-être quelque chose, toi, là.
– Mais je vais te dire une chose, par exemple.
– Vas-y donc, je t’écoute.
– Si tu as écrit « Woman in Love », moi je pense que tu as le droit d’exister sur notre planète.
– Sur notre planète, qu’est-ce que tu veux dire, « sur notre planète », « La planète des singes » ou la planète « Ivory » ou quoi ?
– Tu connais pas « Woman in Love » ?
– Tu veux dire la chanson de Barbra Streisand ?
– C’est Barbra Streisand qui la chante, mais c’est pas elle qui l’a écrit, c’est les Bee Gees.
– Je savais ça, figure-toi.
– Imagine, tu as écrit un classique.
– Un classique de quoi ?
– Où il est Mozart aujourd’hui, aujourd’hui il est mort, Mozart, c’est à peu près là où il est, Mozart, aujourd’hui, figure-toi.
– Figure-toi que je le savais, Chose.
– « Woman in Love », c’est pas un classique, d’après toi ?
– En tout cas, pas quand c’est Mireille Mathieu qui la chante.
– C’est exactement ce que j’essaye de te dire.
Mardi 6 janvier 2004

9 novembre 2017

35. Le petit dernier

– Je me sens comme un rat dans un baril, tout est toujours pareil.
– Ah, commence pas avec ça.
– Les nouvelles à la télévision, entre autres, c’est toujours pareil.
– Écoute-les pas, c’est tout.
– Tu peux pas vivre sans nouvelles.
– Sans nouvelles de quoi ?
– Sans nouvelles du monde.
– Le monde a pas besoin de toi, pourquoi toi tu aurais besoin du monde ?
– J’ai pas besoin du MONDE, mais j’ai besoin d’avoir des NOUVELLES du monde au moins une fois de temps en temps.
– Qu’est-ce que ça te donne de savoir qu’il y a un nouveau « Queen Mary », mettons ?
– Le bateau « le Queen Mary » ?
– C’est pas un bateau français, ça, le « Queen Mary » ?
– Ça me donne de savoir qu’ils en font encore.
– Franchement, ils auraient pu l’appeler « le Reine Marie », ces hosties de Français-là.
– Je suis pas certain que le « Queen Mary » c’est un bateau français, moi, par exemple.
– Moi non plus, remarque.
– Tu vois, on est mal informés.
– Moi ça me dérange absolument pas d’être mal informé, moi, qu’est-ce que tu voudrais que ça me fasse à moi d’être mal informé ?
– Prends les « Casques Bleus », dans les nouvelles, quand je te dis que c’est toujours pareil, c’est toujours « les Casques Bleus », jamais les mettons « Casques d’Une Autre Couleur Que Les Casques Bleus », mettons.
– Les nouvelles, ça a aucune espèce d’intérêt, c’est ce que je te dis.
– Ils devraient mettre plus de sciences dans les nouvelles, comme ça le monde apprendraient quelque chose de vraiment nouveau chaque fois qu’ils les écouteraient.
– C’est comme voter, je vois pas à quoi ça sert, moi, voter, j’ai jamais voté de ma vie, même pas aux deux « référendums », qu’est-ce que ça a changé, ça a absolument rien changé à rien.
– Tu t’imagines être journaliste, la platitude que ça doit être ?
– De quoi tu parles ?
– Tu trouverais pas ça plate à mourir, toi, d’être journaliste ?
– Ils sont pas à plaindre, les journalistes, ils sont tout le temps partis en voyage, en plus ça leur coûte absolument rien de leur poche.
– Oui, mais pour être journaliste il faut que tu aies pas d’imagination, mais c’est impossible, ça, de pas avoir d’imagination, personne a « pas » d’imagination, ça se peut pas, ça, « pas avoir d’imagination ».
– On s’en fout, ça a aucune importance ce que tu dis.
– Toi non plus, de toute façon, ça a aucune importance ce que tu dis.
– C’est ce que je te dis, c’est comme les nouvelles, à la télévision ou dans les journaux c’est pareil, c’est toujours les mêmes nouvelles.
– C’est ce que je te dis aussi, tout est toujours pareil.
– Même si la fin du monde c’était mettons demain matin, une fois qu’on le saurait qu’est-ce que tu voudrais que ça nous fasse, ils pourraient pas en faire des nouvelles éternellement.
– Quand tu as un enfant, par contre, c’est jamais pareil, parce que ton enfant grandit.
– Les enfants, moi, ça m’intéresse pas, que ça soit dans les films ou dans la vie ça m’intéresse absolument pas, moi, les enfants.
– Ils devraient faire des nouvelles comiques comme avec les enfants, les enfants c’est toujours assez comique, finalement.
– Je trouverais pas ça comique d’être un enfant, moi, en tout cas.
– Non, toi tu serais plutôt le genre à être dans les « Casques Bleus », je trouve.
– Qu’est-ce que tu voudrais que ça me fasse ?
Mercredi 7 janvier 2004

8 novembre 2017

36. Quand tu liras cette lettre

Je me lève, il est midi & il fait moins 24 C dehors, moins 40, ils disent, avec le « facteur vent », c’est pas une journée pour être facteur, mettons, à moins d’être un « facteur vent », ah ah ah, elle est bonne, celle-là.
La nuit dernière, il a bien dû faire moins 1000 au moins, mais moi la nuit je ferme le chauffage, qu’il fasse le temps qu’il voudra j’ai toujours fait ça & je dors comme un bébé, j’ai jamais froid, de toute façon le froid ça conserve, il paraît, la preuve : regarde les facteurs, ils ont pas un mot à dire, personne a jamais entendu parler d’un facteur qui est mort de froid dans un banc de neige, à ce que je sache.
Aujourd’hui, moi je fais de la soupe, un baril de soupe vietnamienne, c’est une température pour faire de la soupe, aujourd’hui, qu’est-ce que tu veux faire d’autre quand il fait moins « 40 » à midi avec le « facteur vent », aller jouer dehors avec les facteurs, leur z’aider à passer leur hostie de courrier, peut-être ?
Fuck you, Chose !
Je fais de la soupe vietnamienne aujourd’hui & j’écris une lettre, je sais pas encore à qui, mais j’ai envie d’écrire une lettre, tout à coup, il y a des jours comme ça, c’est mieux que de se geler le cul pour aller voir un vieux chum qui te reconnaît même pas quand tu sonnes à sa porte ou qui a déménagé entre-temps, ou qui a changé de blonde depuis la dernière fois & qui veut pas te laisser rentrer ou qui se rappelle que tu lui dois des millions, mettons.
Tout le monde aime recevoir des lettres, sauf les pauvres, parce que les pauvres ça a toujours peur de tout, ça s’imagine toujours que c’est des lettres de mauvaises nouvelles ou de menaces, que quelqu’un veut les « saisir » ou les « expulser » ou les « poursuivre » pour une raison ou pour une autre, bref, que tout le monde leur z’en veulent juste parce qu’ils sont pauvres, & d’habitude ils se trompent pas, les pauvres, ils ont comme parfaitement raison.
Pour en revenir au climat, le climat pour commencer ça existe, c’est ce qu’il faut comprendre, il y a toujours un climat, que tu sois n’importe où, que tu sois riche ou pauvre, que tu fasses n’importe quoi, que tu penses n’importe quoi, tu es toujours dans un « climat ».
« Nul n’échappe à l’emprise du CLIMAT. »
Tu es facteur, tu as un climat, tu es pas facteur, tu as quand même un climat, finalement.
Quand tu es pauvre, l’avantage c’est que tu travailles pas, tu as pratiquement jamais besoin de sortir de ton trou à rat, sauf pour aller t’acheter de quoi manger un peu, ou de la bière & des cigarettes & de la drogue pour passer le temps, si tu sais t’organiser tu peux passer des jours sans mettre le nez dehors, l’hiver ça a ses bons côtés, comme aujourd’hui, par exemple, l’été par contre tu vis dehors, tu vas boire ta bière & fumer ton joint dans un parc & tu te câlisses de tout, ça finit là.
Je vais écrire une lettre pour faire travailler le facteur, aujourd’hui, pour l’aider à gagner sa vie, qu’il puisse nourrir sa femme & ses enfants & son chien & ses poissons rouges & aller boire une bière à la brasserie avec ses chums une fois de temps en temps & payer son chalet & ses vacances à Cancun & ses disques de Gilles Vigneault, ça va l’aider lui aussi, le pauvre, qui vend jamais de disques, je me sens mécène aujourd’hui, j’en ai pas contre personne, j’ai pas besoin d’aller me faire chier aux quatre vents comme un pauvre clown.
D’ailleurs moi aussi j’ai déjà été facteur, j’y pense, ils m’ont pas gardé longtemps, c’était juste pour le temps des Fêtes, tout le monde a fait ça, être facteur dans le temps des Fêtes quand ils étaient jeunes, je sais ce que c’est, j’aurais pas détesté en faire ma carrière mais il faut croire que le destin & « Postes Canada » en ont décidé autrement, comme on dit.
C’est la vie.
Jeudi 8 janvier 2004

7 novembre 2017

37. Ça va faire les niaiseries !

Moi personnellement, s’il y a bien une chose qui m’intéresse absolument pas, c’est l’espèce de guerre entre les Juifs et les Palestiniens.
Ils peuvent faire ce qu’ils veulent, les Juifs et les Palestiniens, ça les regarde, mais pourquoi est-ce qu’il faut que j’en entende parler moi JOUR APRÈS JOUR À TOUS LES JOURS depuis je sais même plus combien D’ANNÉES ?
D’abord C’EST TOUJOURS LA MÊME CHOSE, ils s’entretuent, ça explose, l’autre se venge, les tanks arrivent, ça rexplose encore plus, le président des États-Unis fait son petit souhait « de rapprochement », il « condamne la violence », l’ONU met son grain de sel, ils signent des papiers, « le processus de paix au Moyen-Orient » recommence, ils se serrent la main, ils vont à Washington à la Maison-Blanche, entre-temps ça recommence à se faire exploser et à se massacrer là-bas dans le désert, « les négociations sont rompues », ils se réentre-tuent de plus belle, les tanks rarrivent pour la millième fois, ils bâtissent des « murs » comme à Berlin dans l’autre millénaire, le président des États-Unis trouve ça pas mal plate, il le dit à tout le monde devant la Maison-Blanche, tout le monde est là pour le filmer, ça passe aux nouvelles, entre-temps « le processus de paix au Moyen-Orient » a repris, à ce qu’il paraît, etc.
NON MAIS C’EST QUOI LE GAG ? ? ?
Les Québécois c’est une tribu de crottés, les Juifs et les Palestiniens c’est deux tribus de crottés, tout le monde est une tribu de crottés, ça fait que POURQUOI est-ce qu’ils me parlent sans que ça arrête JAMAIS une seule MINUTE de ces deux tribus-là au lieu des AUTRES qui passent leur temps à s’éventrer ailleurs sur la Planète ou de tribus qui ont D’AUTRES CHOSES à faire pour se DISTRAIRE dans la vie ?
Ça fait exactement VINGT MILLIARDS D’ANNÉES que nos excellents amis les Juifs et les Palestiniens se tirent la barbichette dans le fin fond de leur câlisse de désert à la marde et dans exactement VINGT MILLIARDS D’ANNÉES ils vont encore être en train de faire exactement LA MÊME CHOSE.
C’est ça qu’ils appellent « le processus de paix au Moyen-Orient », mon homme.
TOUT LE MONDE AU MONDE sait ça depuis exactement VINGT MILLIARDS D’ANNÉES MINIMUM, pourquoi personne le dit ?
Ce que je voudrais, moi, c’est qu’on en entende tout simplement plus parler, c’est pourtant pas tellement COMPLIQUÉ, ça, non ?
Il y a pas de « processus de paix » d’aucune espèce de sorte au Moyen-Orient, j’ai déjà vu deux chiens se battre, moi, et PERSONNE aurait JAMAIS pu y faire RIEN, même à coups de râteau on était pas capables de les séparer, ils se tabarnakaient bien de nous autres avec nos niaiseries, ces deux-là, ils avaient comme de la sérieuse business à régler, il fallait qu’il y en ait un des deux qui TUE l’autre, c’était aussi SIMPLE que ça.
Finalement ils sont tombés dans la rivière, les deux petits coqs, à force de se sauter à la gorge et de s’arracher la tête comme des malades, c’est comme ça qu’on a fini par les maîtriser quand ils sont ressortis de l’eau un après l’autre.
C’est pas une histoire que j’invente, c’est comme ça que ça s’est vraiment passé.
Dans les livres d’histoire, dans dix mille ans, peut-être que le tirage de barbichette entre deux marchands de poussière de néant, entre deux petits trous du cul insignifiants dans un désert à la marde perdu nulle part aux absolus confins de rien et plein de roches et même pas beau comme le Sarhara, peut-être que dans dix mille ans les livres d’histoire diront la vraie histoire au monde du futur, peut-être que les livres d’histoire leur diront que les deux petits trous du cul qui s’étaient mis à s’arracher les couilles dans leur désert à la marde c’était rien que des chiens déguisés un en Juif, un en Palestinien.
Jeudi 8 janvier 2004

6 novembre 2017

38. Regarde

– L’autre jour, j’ai lu dans un livre une phrase qui disait quelque chose comme : « Les poissons tu peintures pas ça, ça écaille. »
– C’est pas fou.
– C’est pas fou, certain, sauf qu’il fallait quand même y penser.
– En parlant de lecture, est-ce que tu lis ça, toi, le journal « Voir » ?
– Écoute, je suis pas un visuel, moi, je suis un auditif.
– Oui, c’est ce que j’ai entendu dire.
– « Voir », c’est quoi, c’est de la merde, « Voir », c’est ce que c’est : c’est de la merde.
– « Voir » c’est de la merde, toi tu trouves ?
– Tu sais pas c’est quoi, toi, de la merde ?
– C’est « Voir ».
– C’est ça, « Voir Montréal », « Québec », « Hull », « Alma », etc.
– Ça dérange personne, ils le donnent.
– Exactement.
– Montréal, Québec, ailleurs, le monde le prennent, ils le lisent ou ils le lisent pas.
– Ils le lisent, inquiète-toi pas, c’est ça le pire.
– Toi, tu le lis, le « Voir », toi ?
– Je le parcours chaque semaine d’un derrière distrait, mettons, comme disait l’autre.
– C’est un geste gratuit.
– En quelque sorte, oui.
– Dans le temps de Paul Desmarais, tout le monde haïssait Paul Desmarais parce qu’il était plein, après ça le monde l’ont haï encore plus quand il a acheté le journal « La Presse » et après ça tout le monde l’ont haï encore mille fois plus parce qu’il achetait tous les journaux de la province et des postes de radio et n’importe quoi et qu’il contrôlait tous les « médias ».
– C’est exact, tu te trompes pas.
– Après ça, Péladeau est arrivé avec ses petits journaux à potins et il a commencé à se mettre plein tranquillement, c’est comme ça qu’il a commencé, Péladeau, je veux dire le père.
– Personne peut dire le contraire.
– Après ça, Péladeau a eu son coup de génie, il a inventé « Le Journal de Montréal » et il est devenu vraiment, mais vraiment plein, je veux dire riche à millions, Péladeau.
– Péladeau, il avait ça dans le bras, c’est sûr.
– Mais Péladeau c’était un clown, les Québécois l’aimaient, c’était pas comme Paul Desmarais.
– Paul Desmarais, c’était un gars de l’Ontario.
– Un gars gêné, qui bégayait, en plus.
– Il avait commencé dans les autobus, ça inspirait pas tellement confiance aux Canadiens français qui aiment pas les survenants.
– En tout cas, il y avait quelque chose avec Paul Desmarais qu’il y avait pas avec Péladeau.
– Tu veux dire le père.
– Est-ce qu’il y en a d’autres ?
– Anyway, la question c’est comment Chose de « Voir » a fini par se mettre plein lui aussi.
– C’est le même principe, mais le gars de « Voir », lui, c’est l’homme invisible, il a même pas de nom, ce gars-là, personne peut l’attaquer, il y a rien que : « VOIR », la seule affaire que tu vois jamais c’est la face du plein en arrière.
– C’est comme Apple, Apple c’est correct, Bill Gates, lui, tu lui câlisses des tartes à la crème en pleine face et tu l’haïs pour mourir.
– « Voir », c’est 80% de pub, 20% de textes, c’est des méchantes machines à piastres, les « Voir ».
– C’est « Le Journal de Montréal » des cégépiens, le « journal Voir ».
– Il y a pas rien que les cégépiens qui lisent le « Voir ».
– Non, mais le genre de lecteurs qui lisent ça c’est des lecteurs de type mental cégep, c’est une nouvelle sorte d’êtres humains pas très vite.
– C’est la génération des cégeps.
– C’est ce que je me dis.
– C’est quand même un peu inquiétant.
– C’est possible.
- On dit trop souvent « c’est », tu trouves pas ?
Vendredi 9 janvier 2004

5 novembre 2017

39. Le patinage

– Les choses arrêtent jamais.
– Une attend pas l’autre…
– … qui attend pas l’autre…
– … qui attend pas l’autre…
– La nouvelle affaire, là, c’est le patinage artistique, est-ce qu’il y a quelque chose au monde qui est plus nul que le patinage artistique, d’après toi, Chose ?
– Mettons que le patinage artistique c’est assez nul, merci.
– Je te le fais pas dire.
– Merci.
– Tu peux pas faire grand-chose dans le patinage artistique, les trois quarts du temps ils sont en train de prendre leur élan en patinant, et le reste du temps ils font les mêmes trois quatre affaires que tout le monde connaît, garrocher la fille dans les airs, etc.
– En somme, c’est un peu lassant.
– C’est un peu lassant à la longue, en effet.
– C’est pas très distrayant.
– En effet.
– Dans ce cas-là, pourquoi les arénas sont pleines à longueur d’année, pourquoi le monde arrêtent pas de regarder ça à la télévision jour après jour comme des hosties de malades ?
– C’est vrai que c’est un fléau qui commence à avoir de l’ampleur.
– Les patineurs olympiques, leurs carrières c’était pas grand-chose, finalement, il y avait pas tellement de débouchés, à part entraîner d’autres patineurs olympiques qui allaient entraîner d’autres patineurs olympiques, etc., ça fait qu’ils ont inventé le « patinage artistique » pour essayer de gagner leurs vies mais toujours en faisant du patinage, mettons.
– Tu mets un peu de musique, le monde aiment ça, ça leur en prend pas plus.
– Mais tu remarqueras une chose, c’est qu’après leurs soi-disant numéros de patinage « artistique » il se passe quoi, il se passe que tu as des juges qui leur donnent des points, comme quand ils étaient dans les olympiques, c’est fait exactement de la même manière, « 4.7 », « 5.9 », « 5.3 », etc.
– C’est vrai.
– C’est seulement un show, tu comprends, mais ils reçoivent quand même des points, ils sont « premiers », ou « deuxièmes », ou « nuls », le monde aiment ça, ça leur rappelle les jeux olympiques, ou les concours de chiens ou de beauté, ou je sais pas quoi.
– Oui, mais c’est quoi le gag, à ce moment-là ?
– C’est de la business, c’est tout.
– L’autre jour, j’ai entendu une petite fille dire « le patinage à vitesse », je lui ai dit « non, on dit le patinage de vitesse », elle m’a répondu : « Moi je connais quelqu’un qui prend des cours de patinage À vitesse. »
– Elle est assez comique, celle-là.
– Elle est surtout assez vite.
– Sur ses patins.
– C’est ce que j’allais dire.
– De toute façon, moi je me dis que même aux jeux olympiques, c’est quoi le trip du patinage ?
– Un de mes amis était guitariste, une fois qu’on était en train de jouer je lui dis : « Tu patines en tabarnak », il a mal pris ça.
– C’était un bon guitariste.
– C’est ça, je veux dire que c’était dit comme pour dire : « Continue, c’est bon ton affaire. »
– C’est le mot « patiner » qu’il avait pas aimé.
– Bref, la question c’est : pourquoi le monde vont voir ça, pourquoi le monde regardent ça à la télévision, pourquoi le monde aiment ça.
– C’est parce que c’est une distraction.
– Une distraction, une distraction…
– Oui, c’est juste une distraction.
– Tu veux dire distraction dans le sens que tout le monde regarde ça juste « par distraction », c’est-à-dire pour se distraire ?
– Oui.
– C’est vrai que le monde aiment se distraire.
Samedi 10 janvier 2004