Cinquante chroniques

9 novembre 2017

35. Le petit dernier

– Je me sens comme un rat dans un baril, tout est toujours pareil.
– Ah, commence pas avec ça.
– Les nouvelles à la télévision, entre autres, c’est toujours pareil.
– Écoute-les pas, c’est tout.
– Tu peux pas vivre sans nouvelles.
– Sans nouvelles de quoi ?
– Sans nouvelles du monde.
– Le monde a pas besoin de toi, pourquoi toi tu aurais besoin du monde ?
– J’ai pas besoin du MONDE, mais j’ai besoin d’avoir des NOUVELLES du monde au moins une fois de temps en temps.
– Qu’est-ce que ça te donne de savoir qu’il y a un nouveau « Queen Mary », mettons ?
– Le bateau « le Queen Mary » ?
– C’est pas un bateau français, ça, le « Queen Mary » ?
– Ça me donne de savoir qu’ils en font encore.
– Franchement, ils auraient pu l’appeler « le Reine Marie », ces hosties de Français-là.
– Je suis pas certain que le « Queen Mary » c’est un bateau français, moi, par exemple.
– Moi non plus, remarque.
– Tu vois, on est mal informés.
– Moi ça me dérange absolument pas d’être mal informé, moi, qu’est-ce que tu voudrais que ça me fasse à moi d’être mal informé ?
– Prends les « Casques Bleus », dans les nouvelles, quand je te dis que c’est toujours pareil, c’est toujours « les Casques Bleus », jamais les mettons « Casques d’Une Autre Couleur Que Les Casques Bleus », mettons.
– Les nouvelles, ça a aucune espèce d’intérêt, c’est ce que je te dis.
– Ils devraient mettre plus de sciences dans les nouvelles, comme ça le monde apprendraient quelque chose de vraiment nouveau chaque fois qu’ils les écouteraient.
– C’est comme voter, je vois pas à quoi ça sert, moi, voter, j’ai jamais voté de ma vie, même pas aux deux « référendums », qu’est-ce que ça a changé, ça a absolument rien changé à rien.
– Tu t’imagines être journaliste, la platitude que ça doit être ?
– De quoi tu parles ?
– Tu trouverais pas ça plate à mourir, toi, d’être journaliste ?
– Ils sont pas à plaindre, les journalistes, ils sont tout le temps partis en voyage, en plus ça leur coûte absolument rien de leur poche.
– Oui, mais pour être journaliste il faut que tu aies pas d’imagination, mais c’est impossible, ça, de pas avoir d’imagination, personne a « pas » d’imagination, ça se peut pas, ça, « pas avoir d’imagination ».
– On s’en fout, ça a aucune importance ce que tu dis.
– Toi non plus, de toute façon, ça a aucune importance ce que tu dis.
– C’est ce que je te dis, c’est comme les nouvelles, à la télévision ou dans les journaux c’est pareil, c’est toujours les mêmes nouvelles.
– C’est ce que je te dis aussi, tout est toujours pareil.
– Même si la fin du monde c’était mettons demain matin, une fois qu’on le saurait qu’est-ce que tu voudrais que ça nous fasse, ils pourraient pas en faire des nouvelles éternellement.
– Quand tu as un enfant, par contre, c’est jamais pareil, parce que ton enfant grandit.
– Les enfants, moi, ça m’intéresse pas, que ça soit dans les films ou dans la vie ça m’intéresse absolument pas, moi, les enfants.
– Ils devraient faire des nouvelles comiques comme avec les enfants, les enfants c’est toujours assez comique, finalement.
– Je trouverais pas ça comique d’être un enfant, moi, en tout cas.
– Non, toi tu serais plutôt le genre à être dans les « Casques Bleus », je trouve.
– Qu’est-ce que tu voudrais que ça me fasse ?
Mercredi 7 janvier 2004

Aucun commentaire: