Cinquante chroniques

29 novembre 2017

15. Spécial artistes

I
Un écrivain, la différence c’est qu’il les écrit.
II
Un artiste est quelqu’un qui vous dit : « Oui, je suis un peu perdu, autrement ce ne serait pas très amusant ».
III
– Ce qu’on appelle la créativité, c’est une machine à opérer tout ça malgré tout. 
– Malgré tout quoi ? 
– Malgré tout ça.
IV
Être artiste, c’est poser la question. 
– La lune est pleine. 
– Pleine de quoi ?
V
Les artistes sont des personnes qui pensent et croient que les gens existent pour les admirer.
VI
Une fois qu’on a trouvé la beauté dans l’art, on n’érotise plus nécessairement l’amour.
VII
Tout effort conscient tend à devenir grâce.
VIII
Quand un écrivain n’écrit pas, la scène lui manque.
IX
Tout effet de style est pervers et tout est style.
X
L’art, ce n’est rien, le grand art c’est de la perversion. 
(Freud disait : « Les pervers ne le deviennent pas, ils le demeurent. »)
XI
Le roman mène tout droit à l’alcoolisme, c’est bien connu.
XII
Être écrivain, c’est comme être alcoolique quand c’est bien fait.
XIII
Les névroses des artistes, les petits secrets insignifiants, les énormes et inutiles constructions pour les cacher, pour les révéler.
XIV
Quand on se met à considérer l’art comme une fabrication, ce qu’il est, il perd tout intérêt, sauf celui de sa fabrication.
XV
Être artiste passé quarante ans, c’est se rêver encore princesse au bal à minuit passé.
XVI
Les écrivains sont de vieux monsieurs qui se sentent tout tristes quand ils ne sont pas en train de tripoter de vieux papiers.
XVII
Ici, c’est difficile d’être écrivain, parce qu’ici, c’est l’Amérique.
XVIII
À bien y penser, je crois que je vais donner à l’ensemble de mon œuvre le titre de L’étendue du désastre.
XIX
Les gens qui m’accusent de n’avoir aucun talent sont uniquement ceux qui ont lu tous mes livres.
XX
Ce que j’aurais aimé savoir, moi, et qu’ils ne nous ont jamais dit, c’est de quoi pouvait bien vivre un petit trou du cul comme André Breton.
XXI
C’est assez simple, finalement, il y a eu un âge d’or de la littérature, et il est fini, et personne n’y peut rien.
XXII
Salman Rushdie : « Le roman n’est pas mort, il est enseveli. »
XXIII
Les artistes vieillis, c’est toutes des vieilles plotes.
XXIV
– Retenez bien mon nom, vous n’en entendrez plus jamais parler ! 
Samedi 20 décembre 2003

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